Huile essentielle de Néroli (Orange amère)

Dénomination latine :

  • Citrus aurantium ssp. aurantium

Famille botanique :

  • Rutaceae

Organes producteurs :

  • Fleurs

Propriétés :

  • H.E luttant contre la désadaptation aux situations, par hypersensibilité
    • Les personnes que tout atteint : on n’ose plus rien dire car elles sont hyper réactives, hyper stressées (H.E complémentaire de Chaemelum nobile)
  • H.E antidépressive : « réaccorde »
    • Neurotonique
    • Rééquilibrante
    • Anti-inflammatoire
  • Cortison-like, stimulante de l’axe hypophyso-corticosurrénalien, intéressante dans les états inflammatoires prolongés
  • Lymphotonique et décongestionnante
  • Stimule la microcirculation digestive
  • Astringente et tonique cutanée, sédative
  • Anti-infectieuse (Pseudomonas aeruginosa)
  • Tranquillisante, antispasmodique
  • L’inhalation de l’huile essentielle de néroli aide à soulager les symptômes de la ménopause, augmenterait le désir sexuel, réduirait la pression artérielle chez les femmes ménopausées
  • Améliore les symptômes du syndrome prémenstruel, en inhalation, potentialisation par l’H.E de rose de Damas
  • Antifongique

Indications :

  • Nervosité, facilitation de l’endormissement, anxiété
  • États neurotoniques et troubles mineurs du sommeil
  • Excellents sédatifs des enfants
  • Dépression nerveuse réactionnelle, tristesse et mélancolie, surmenage, lassitude
  • Spasmophilie, dystonies neuro-végétatives
  • Soulage la douleur de l’accouchement
  • Usage local : affections cutanées, acné, furoncles, soins du visage

Précautions d’emploi :

  • Eviter en association avec la cortisone, risque d’interaction médicamenteuse
  • Ne pas utiliser sur une période prolongée, au risque de mettre au repos l’axe hypophyso-surrénalien et de subir une insuffisance surrénalienne aiguë à l’arrêt de la prise de l’H.E
  • Éviter d’appliquer l’H.E le soir (ou avant toute période de repos)
  • Déconseillée chez les personnes souffrant d’ostéoporose, en raison du risque de décalcification inhérent
  • Dermocaustique, action révulsive sur la peau à l’état pur et agressive pour les muqueuses (rougeurs, irritations, prurit), pas d’emploi pur, dilution au préalable requise
  • Inhibitrice enzymatique, risque d’interactions médicamenteuses (géraniol)
  • Attention à d’éventuels effets gynécomastiants en usage prolongé, linalol et acétate de linalyle montrent une activité anti-androgénique et une faible activité ostrogénique en se liant aux récepteurs aux œstrogènes. Le linalol et l’acétate de linalyle empêchent la production de testostérone, ces molécules sont donc à éviter au long cours chez les individus de sexe masculin en tant que perturbateurs endocriniens
  • Contre-indiquée chez l’enfant de moins de 8 ans
  • Prudence en cas d’insuffisance rénale per os
  • Contre-indiquée chez la femme enceinte (le limonène induit des contractions utérines) ou allaitante
  • Contre-indiquée chez les épileptiques ou les personnes aux antécédents de convulsions

Composants principaux majoritaires :

  • Monoterpénols (45 %) : linalol, géraniol
  • Monoterpènes (40 %) : béta-pinène, limonène
  • Esters (10 %) : acétate de linalyle

Un peu d’histoire :

L’essence de néroli est l’essence de fleur d’oranger issue d’une seule variété d’oranger, le bigaradier ou oranger amer. 

Dans l’Antiquité, la fleur d’oranger était un symbole de pureté : elle ornait même les couronnes des mariées… ce qui est paradoxal quand on sait que son huile aux notes chaudes et capiteuses est réputée pour être aphrodisiaque. 

Le bigaradier est un arbre originaire de l’Inde et implanté sur les côtes méditerranéennes aux alentours du XIIe siècle. Il est utilisé depuis des siècles pour apaiser les maux d’estomac, et l’on utilise ses fruits, ses fleurs et ses feuilles pour fabriquer trois huiles essentielles différentes : l’huile essentielle d’orange amère, obtenue à partir du zeste, l’huile essentielle de néroli, obtenue par distillation des fleurs, et l’huile essentielle de petit grain bigarade obtenue à partir de la distillation des jeunes rameaux. Au final, chacune d’entre elles a une composition chimique bien différente. 

Originaire de l’Inde et de la Chine, l’Oranger amer est très vite arrivé dans le bassin Méditerranéen il y a maintenant 1000 ans.

Il débarque en Italie au XIIIe siècle, ainsi qu’à Versailles et Grasse dès le XVIIe siècle.
On retrouve l’eau de Fleur d’Oranger dans un grand nombre de parfums tels que l’eau de Cologne, l’eau de la reine d’Hongrie et l’eau Impériale.

Aujourd’hui, l’huile essentielle de Néroli est beaucoup utilisée en parfumerie, grâce à son parfum délicat et féminin.

Quelle huile essentielle peut se targuer de porter, par le truchement d’une personne de chair et de sang, le nom d’un lieu ? Grâce à cette unicité, l’huile essentielle de néroli brille au sein de l’aromathérapie, de même que le département du Morbihan sur une carte de France dont le nom est le seul, parmi tous les départements français, à ne pas être inspiré par celui d’un cours d’eau.

Eh oui, néroli, ça n’est pas le nom d’une plante, même s’il fait référence à la partie d’une plante, à savoir les fleurs de l’oranger amer. Pour peu que vous lisiez la littérature aromathérapeutique et qu’elle fasse mention de l’huile essentielle de néroli, il n’est pas possible qu’elle laisse sous silence le mystère qui se dissimule derrière ce nom à nul autre pareil. Tout d’abord, sachons que néroli est la transformation du nom d’une petite bourgade italienne située à 50 km au nord-est de Rome : Nerola. Cette cité d’à peine 2000 âmes comptait un prince, Don Flavio Ier (1620-1698), premier prince de Nerola qui prit pour épouse en février 1675 la Française Anne-Marie de la Trémoille (1642-1722), dont parfois, allez savoir pourquoi, l’on « italianise » le nom en Anna-Maria, qu’on fait naître au XVe siècle et, qu’enfin, l’on dit duchesse, alors qu’elle est, de fait, princesse. Princesse des Ursins, très exactement, « ursins » qui est, lui, une véritable francisation du nom de son mari, Orsini.

Donc, l’on peut aussi dire que Anne-Marie de la Trémoille était princesse de Nerola et non princesse de Néroli, bien qu’elle ait tenu en grande estime le néroli, c’est-à-dire l’huile essentielle issue de la distillation des fleurs de l’oranger amer qu’en Italie, au XVIIe siècle, l’on connaissait très bien, implanté en Sicile aux alentours de l’an 1000. Ainsi, oui, fin XVII ème, l’oranger fait largement partie du paysage italien, du moins dans sa moitié méridionale, où il n’est pas impossible que la présence des Arabes durant de longs siècles dans cette partie sud de la botte ait été l’occasion des premiers essais de distillation de cette fleur d’oranger dont les pages de Jean Boccace (1313-1375), l’auteur du Décaméron, sont imprégnées, de même que, plus tard, celles du Pentamerone que l’on doit au magnifique Jean-Baptiste Basile, Napolitain qui en appelle un autre, Jean-Baptiste Porta, contemporain de Basile, et dont on dit que se trouve au sein de sa Magie naturelle la description de la distillation des fleurs d’oranger.

L’on dit de la princesse Nerola qu’elle aurait pris l’habitude, vers 1680, de parfumer ses gants avec de l’essence de néroli, mais aussi, si l’on en croit certaines bribes « historiques », ses vêtements, les tentures du palais, jusqu’à son bain même, etc. Se parfumant à profusion dit-on, elle mit à la mode cette huile essentielle qui n’était, à l’époque, pas moins rare et onéreuse qu’aujourd’hui, allant jusqu’à la rendre indissociable de la petite ville de Nerola.

Comme le faisait si justement remarquer Brillat-Savarin, la fleur d’oranger induit un sommeil doux et paisible, à la limite du miraculeux, comme l’avait déjà signalé en son temps Lazare Rivière. Bizarrement, alors que notre princesse de Nerola s’imbibe littéralement d’essence de néroli, les praticiens évoquent non pas l’huile essentielle des fleurs d’oranger mais son eau distillée, les hydrolats ayant été regardés pendant des siècles comme de bien meilleurs alliés thérapeutiques que les huiles essentielles.

Cette fleur, dont on fait aussi des liqueurs de table et des conserves, s’exprime à de multiples occurrences à travers son hydrolat, et lorsqu’on survole l’œuvre des Anciens, l’on constate bien qu’il n’est nulle part question d’huile essentielle mais d’eau aromatique : outre qu’on l’ajoute aux tisanes, l’on trouve l’eau de fleurs d’oranger dans bien des compositions magistrales telles que le looch blanc, la pâte de jujubes, l’électuaire ténifuge de Serres, l’élixir de Garus, la potion de Chopart, laquelle mérite qu’on s’y arrête.

François Chopart (1743-1795), chirurgien français, élabore une potion qu’il qualifie lui-même de « dégoûtante ». Où l’on voit que l’hydrolat de fleurs d’oranger n’est pas que l’aromatique adjuvant qui permet de faire avaler la pilule. Sauf si l’on s’appelle Sulpice Debauve (1757-1836), tout d’abord pharmacien sous Louis XVI, avant de devenir… chocolatier.

C’est pourquoi, « en suivant les lumières d’une saine doctrine, Monsieur Debauve a cherché, en outre, à offrir à ses nombreux clients des médicaments agréables contre quelques tendances maladives. Ainsi, aux personnes […] qui ont les nerfs délicats, [il offre] le chocolat antispasmodique à la fleur d’oranger ». La chocolaterie créée par Debauve et Gallais en 1800 existe toujours. Elle se situe au 30 rue des Saints Pères dans le septième arrondissement de Paris. Chocolaterie de luxe, il ne m’étonne que peu que ce brave Brillat-Savarin y ait traîné ses guêtres.

Mais redescendons un peu sur terre et beaucoup plus au sud. Revenons en Italie où le passage des Arabes a laissé des traces non seulement olfactives mais linguistiques. Au XVIe siècle, l’on ne parle pas d’hydrolat de fleurs d’oranger, non, l’on utilise deux mots latins – aqua naphae – eau de naphe (ou de naffe), ce naphae étant issu de l’arabe nafha, « odeur agréable ». Voici ce que Matthiole indique au sujet de cet arbre dont on tire une eau au nom de rêve : « les parfumiers s’en servent en leurs parfums… On en tire de l’eau, laquelle, outre ce qu’elle est précieuse pour son odeur à toutes les autres, est fort profitable mise en médicaments qui se font contre les fièvres pestilentielles qui remplissent le visage de varioles et morbilles. Car, donnée en breuvage au poids de six onces, elle fera tellement suer le patient, qu’elle fera sortir toutes les méchantes humeurs de la peau. Outre qu’elle fait suer, elle est fort cordiale ».

L’huile essentielle de néroli possède une implication sur la sphère cardiaque, qu’elle soit physique comme psycho-émotionnelle.

L’orange suscite une forme de nostalgie. Il peut y en avoir à l’évocation de ces nombreuses préparations culinaires où l’eau de fleurs d’oranger entre pour une petite part, celle des anges : les massepains à la cannelle, la nulle verte à la pistache, les pains de fleurs d’oranger des sœurs de Château-Thierry que regrettait tant Brillat-Savarin, etc. Bien loin de la mélancolie de Ponge, prenons connaissance de ce qu’écrit le docteur Leclerc, à l’aide de sa plume suave, au sujet de l’orange, ce fruit né de la fleur d’oranger qui est, parmi toutes les fleurs, la reine : « Par les crépuscules d’hiver, lorsque le brouillard s’abat lentement sur les faubourgs, à l’heure où les réverbères s’allument, noyant les êtres et les choses d’une lueur blafarde qui miroite en reflets lugubres dans les flaques boueuses, les voitures des marchandes d’oranges apparaissent le long des rues populeuses comme de mouvantes taches éclatantes où rayonne un peu de la lumière et de la chaleur des pays ensoleillés : l’atmosphère maussade et glacée en est tout égayée et des beaux fruits embrasés semble se dégager une flamme qui met aux joues de la marchande et de ses clientes, filles anémiques du faubourg, midinettes pâlies dans les ateliers, une pointe de l’incarnat des héroïnes de Mistral.

L’arbre dont le produit est capable d’opérer un tel mirage est de ceux que la Nature a le plus généreusement comblés de ses dons : l’élégance de son feuillage éternellement jeune, la blancheur immaculée de sa fleur, le vif éclat de son fruit sont, pour les yeux, un enchantement qui n’a d’égal que l’ivresse qu’on éprouve à respirer les senteurs exquises dont il est imprégné ».

Après cela, l’on peut comprendre la place de choix qu’occupe l’huile essentielle de néroli dans le domaine de l’olfactothérapie, n’empruntant que deux citations. La première, nous la devons à Michel Faucon, décrivant l’huile essentielle de néroli comme luttant « contre la désadaptation aux situations, par hypersensibilité ». Elle concerne, poursuit-il, « les personnes que tout atteint : on n’ose plus rien leur dire car elles sont hyper réactives, hyper stressées ». Elles sont donc les parfaits candidats aux situations de crise, de chocs (qu’ils soient physiques comme psychologiques), de deuils, etc., que l’on vit le plus souvent seul : face à ces situations impliquant solitude et isolement, il est évident que l’emploi de l’huile essentielle de néroli est tout à fait pertinent, dans le sens où, en effet, cette huile essentielle prend de la place et comble les espaces habités de vacuité, se faufilant au cœur même, à la source si je puis dire, et au chakra du même nom, Anahata, qu’elle renforce, consolide et répare, afin qu’en jaillissent de nouveau les flots d’amour qui y étaient maintenus captifs, chose bien nécessaire car « se maintenir dans une attitude ouverte est, paradoxalement, source de sécurité et de protection ».

Il est maintenant aisé de comprendre, en opérant un raccordement à près de cinq siècles de distance, pourquoi Henri Corneille Agrippa écrivait que l’oranger était régi par Vénus. S’il y a une divinité que l’on peut facilement associer au chakra du cœur, c’est bien elle, de même que la liaison entre Hermès/Mercure et le chakra de la gorge est évidente. Ce « cœur » d’amour, de feu et de chaleur fait également référence à quelque chose que nous avons évoqué naguère : l’association de l’huile essentielle de néroli avec le méridien du Triple Foyer (auquel participe aussi l’huile essentielle de petit grain bigarade).

Ce mot – foyer – issu du feu lui-même, rappelant l’âtre qui l’abrite, cœur même d’un foyer plus vaste encore, la maison, elle-même, à son tour, abri des futurs jeunes époux. Quoi d’étonnant à ce qu’on ait convié l’eau de fleurs d’oranger lors des rites nuptiaux ? L’aspersion ainsi que le port de couronnes composées de rameaux d’oranger en fleurs marquent le symbole de virginité et de pureté propre à la jeune mariée « parce que son parfum symbolisait la pureté et l’innocence supposée de la jeune fille ; et également parce qu’elle promettait pour l’avenir riche prospérité, l’orange opulente étant par la présence de ses nombreux pépins considérée comme un symbole de fécondité ».


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