Huile essentielle de Myrte rouge

Dénomination latine :

  • Myrtus communis L.

Famille botanique :

  • Myrtaceae

Organes producteurs :

  • Rameaux

Propriétés :

  • Anti catarrhale expectorante
  • Active sur la sphère broncho-pulmonaire
    • Décongestive
    • Antitussive
    • Expectorante
    • Mucolytique
    • Anti catarrhale
    • Traite des affections profondes, sur les gros troncs pulmonaires et la trachée
    • Décongestionnante prostatique, lymphatique et veineuse des gros troncs
    • Libère des stases, dans les ralentissements métaboliques
    • Hormon-like thyroïde, ovaire)
  • Antimicrobienne, antibactérienne et antivirale
  • Anti-inflammatoire
  • Antispasmodique (par action sur les muscles lisses de la trachée vis-à-vis de l’acétylcholine
  • Effets sédatif et inducteur du sommeil
  • Effets insecticide et antiparasitaire
  • Action veinotonique, lymphotonique et décongestionnante de la prostate
  • Anti-infectieuse, synergies antibactériennes entre les H.E de myrte et de thym vulgaire (Staphylococcus aureus, Escherichia coli)
  • Anti-oxydante
  • Antifongique

Indications :

  • Toux sèches et quinteuses
  • Bronchites chroniques, emphysème, tuberculose
  • Varices
  • Insomnie
  • Angine, sinusite, toux
  • Infection urinaire
  • Trouble du sommeil
  • Mucoviscidose
  • Colibacilloses

Précautions d’emploi :

  • Contre-indiquée chez la femme enceinte ou allaitante
  • Réservée à l’adulte (risque de convulsion chez l’enfant)
  • Ne pas diffuser (irritante pour les voies respiratoires)
  • Prudence en cas d’insuffisance rénale per os (néphrotoxique)
  • Ne pas associer avec la cortisone, risque d’interaction médicamenteuse
  • L’α-pinène est un inhibiteur enzymatique, risque d’interactions médicamenteuses
  • Risque de cancérogénicité au long court
  • Contre-indiquée chez les asthmatiques
  • Interdite chez les animaux
  • Voie orale uniquement sur prescription médicale
  • Déconseillée en cas d’antécédent de convulsions et de traitement antiépileptique
  • Pas d’utilisation prolongée, deux semaines d’affilée au maximum
  • Dermocaustique, dilution requise
  • Prudence dans les pathologies hormonodépendantes

Composants principaux majoritaires :

  • Monoterpènes 60 % : α-pinène 25 %
  • Oxydes 30 % : 1,8 cinéole

Un peu d’histoire :

Durant une large partie de l’Antiquité, le myrte tint une place d’égale valeur à celle de l’olivier ou encore du laurier, même si, avec ce dernier, il a beaucoup perdu de son lustre d’antan (hormis pour les populations auprès desquelles il se localise le plus volontiers).

Ce « prince des végétaux odorants » a eu une grande importance pour la majeure partie des peuples et civilisations qui bordèrent le littoral méridional, puisqu’il pousse à l’état sauvage en Corse, en Italie, au Maghreb, en Égypte, dans la péninsule balkanique, etc. Il a donc entretenu une relation symbiotique avec les territoires ayant abrité les peuples perses, égyptiens et grecs entre autres.

Sacré pour les uns, fort apprécié comme cosmétique par les autres, il n’était jusqu’aux juifs où le myrte, très populaire, était convié en compagnie du saule, du cédratier et du palmier-dattier lors de Souccot, la fête hébraïque des récoltes. C’est donc à bon droit qu’il apparaît dans les lignes de l’Ancien Testament, puis, plus tardivement, dans le Coran.

Chez les Grecs, tantôt dédié à Artémis, tantôt à Hadès, quand ça n’est pas à Mars ou à Dionysos, la riche mythologie de cette civilisation nous communique la phytogénèse du myrte : il serait né après une incartade opposant Athéna à la nymphe Myrsiné, qui s’était vantée de pouvoir battre la déesse à la course. Ce qui fut le cas. Par jalousie, Athéna lui infligea une punition, celle de se voir métamorphosée en myrte, ce qui est pour le moins curieux.

Athéna a beau incarner idéalement la sagesse, on lui voit parfois adopter, dans les mots tracés par les poètes, des traits typiquement humains (et ça n’est pas l’unique figure du panthéon grec classique à être concernée par ce phénomène). Mais ce que l’on retient avant tout, c’est l’interrelation étroite entre le myrte et la déesse de la jeunesse et de la beauté, à savoir Aphrodite.

Prenant conscience de la honte que lui suscitait sa nudité, Aphrodite se réfugia derrière un buisson de myrte qui devint dès lors l’un des nombreux attributs, avec le coing et la rose, à orner son chariot et à l’accompagner dans les représentations picturales. L’on dit – Ovide dans Les Fastes – que c’est en cherchant à se dérober à la concupiscence des satyres qu’Aphrodite trouva abri dans les rameaux touffus d’un myrte, ce qui inverse de beaucoup le symbolisme de la déesse et du myrte, surtout lorsqu’on la voit fuir comme une vierge effarouchée, alors que ses prérogatives de prédilection restent avant tout la séduction et l’amour, quand bien même il est vrai que, parfois, la virginité fait partie du lot, tel qu’on peut le constater aussi bien en Grèce qu’en Europe de l’Est.

Malgré ce cas particulier, très fréquemment, dans les écrits antiques, dès lors qu’on mentionne le myrte dans le texte, ce n’est jamais par un effet du hasard ou un élément de décor, cela annonce généralement que cela va « chauffer », mais que la pudeur du poète, grec surtout, lui interdit de détailler précisément l’action amoureuse et sexuelle qui va se dérouler.

Par exemple, c’est Mentor, précepteur de Télémaque (le fils d’Ulysse), qui l’arrache à l’île de Calypso, « puissamment secondée par Vénus, qui amène Cupidon dans l’île avec l’ordre de percer de ses flèches le cœur de Télémaque. Parce que, en effet, « plus spécialement dédié à Vénus, le myrte était censé posséder la vertu de faire naître l’amour, mais aussi et surtout de l’entretenir, et en gage de fidélité, les époux en étaient couronnés ».

Et ce qui se faisait à Rome se perpétua longtemps après, puisque, jusqu’à tout récemment, dans le sud de la France, il était de coutume d’agripper une couronne de rameaux de myrte à la porte d’entrée des jeunes mariés. (Peut-être cela se pratique-t-il encore ?) C’est à l’amour encore que sont conviés les parfums que l’on élabore sous les auspices de la planète Vénus et du Soleil, ou encore ce myrtidanum, « eau qui avait pour base le myrte et qu’on croyait avoir la propriété de conserver les charmes », ce qui n’est pas de loin de remémorer ce qu’avait affirmé le médecin et botaniste français Pierre Joseph Garidel (1658-1737) au début du XVIIIe siècle, s’inspirant sans doute d’un tonique astringent très prisé des femmes grecques et italienne, l’eau d’ange.

Si décriée, cette préparation prévoyait non seulement de « lutter contre les premiers signes de maturité en redonnant fraîcheur et jeunesse à la peau », mais également toute leur tonicité à certaines membranes, vaginales et utérines entre autres. Une macération de baies de myrte bien mûres dans l’eau-de-vie était capable d’un tel prodige.

Mais « le myrte, consacré à Vénus, n’offre, quoi qu’en dise Garidel, qu’une ressource bien illusoire pour effacer les traces ineffaçables du culte de cette déesse ». Si cela vaut pour la sphère gynécologique, il serait faux d’affirmer péremptoirement que le myrte n’exerce aucune action sur la peau du visage en particulier, estompant les rides et redonnant de l’éclat aux peaux ternes et fatiguées, ce qui est bien dans les attributions de la divine Kypris. C’est donc sans surprise qu’on voit le myrte participer aux cérémonies orgiaques et funéraires (où les femmes mariées se rendaient couronnées de myrte) organisées chaque printemps en souvenir de la mort du protégé d’Aphrodite, Adonis, – lequel incarne la prime jeunesse et l’éternelle beauté.

Également lié à la muse de la poésie lyrique et érotique Érato et au dieu du mariage Hyménée (dont les noms rendent bien compte des symboliques que nous avons listées jusque-là), le myrte était aussi convié lors des fêtes d’Éleusis. Les prêtresses et les prêtres se couronnaient d’if et de myrte dans les temples dédiés à Déméter et à Perséphone.

Le myrte se prêtait encore à de bien curieux usages. Par exemple, en Allemagne, histoire de contredire ce que nous venons d’exposer à propos des vertus amoureuses du myrte, « si une jeune fille plante du myrte de sa propre initiative, elle risque fort de rester vieille fille ». Les symbolismes s’inversent, de même qu’à travers cette autre anecdote : à Rome, le 23 avril, se tenait la fête des filles de joie qui, comme Vénus Erycina leur patronne, se paraient de roses et de myrte à cette occasion.

Le myrte est tellement associé au domaine amoureux, qu’il est devenu l’objet d’un jeu en Italie, le jeu de la petite branche verte (giuco del verde) : « C’est pendant le Carême que les amoureux toscans jouent avec les petites branches de myrte, qu’ils ont rompues en deux parties, et qu’ils doivent garder sur eux jusqu’à Pâques, comme gage réciproque de leur fidélité ».

Puisqu’on évoque les pratiques ludiques, mentionnons encore cette poudre de badinage composée de marjolaine et de myrte qui avait pour but d’échauffer les filles, et d’autres, plus sérieuses, qui faisaient appel au myrte afin de faire voir en songe la femme qu’un garçon ou un homme veuf était censé épouser, ou bien encore ces pommes d’amour dont le Petit Albert donne la recette.

Malgré tous ces bons points, le myrte s’est parfois vêtu d’oripeaux pour le moins sinistres : « Une légende attribuait les petits trous visibles sur les feuilles de myrte à une vengeance de Phèdre qui les aurait percés dans le temple d’Aphrodite, cette dernière ne lui ayant pas accordé l’amour d’Hippolyte ». Après le décès de l’homme qu’elle aimait, elle se pendit à un myrte (ce qui est difficilement imaginable, vu la frêle stature de cet arbrisseau). Peut-être cela explique-t-il le fait qu’en certaines périodes l’on plaçait des rameaux de myrte dans les cercueils… Pour conjurer cette noirceur de vue, d’après le poète latin Horace, durant les banquets, les Romains se couronnaient d’ache et de myrte. Cette plante représentait l’ornement des festins joyaux : « Les poètes pensaient qu’il activait et nourrissait leur verve, ainsi s’en couronnaient-ils quand ils récitaient leurs poésies ».

Peut-on croire que le myrte ait pu être un symbole de paix ? Pourtant, c’est bien ce qui me semble apparaître à travers l’information suivante : « La plante était entre autres reconnue pour ses propriétés excitantes. Aristophane dans Lysistrata s’en fait d’ailleurs l’écho, lorsqu’il prénomme Μυρρίνη, « branche de myrte », le protagoniste de sa pièce, qui, afin d’obtenir la fin de la guerre, engage les femmes à se refuser à leur mari ». Il s’agit là d’une paix imposée par privation de l’Éros, une anti-Vénus mouchant Mars en quelque sorte.

Cette manière d’opérer est fort différente de celle qu’employaient parfois les généraux « qui, par le pouvoir de la persuasion, par le charme de l’éloquence, et sans presque employer la force, avaient heureusement terminé leurs entreprises. Le triomphateur marchait à pied, en pantoufles, accompagné de joueurs de flûte, et couronné de myrte. La flûte était regardée comme l’instrument de la paix, et le myrte comme l’arbrisseau de Vénus, qui, plus qu’aucune autre divinité, avait en horreur la violence et la guerre ». D’où les images de courage, de gloire, et de puissance associées au myrte. À ce titre, il était d’ailleurs fort imprudent de passer auprès d’un myrte sans en cueillir un rameau, cette indifférence présageant un signe futur d’impuissance et de mort. Tandis qu’en cueillir régulièrement passait pour un moyen de réaffirmer sa puissance ou bien, peut-être, de susciter l’espérance (l’on sait que planter de part et d’autre de la porte d’entrée d’une habitation deux pieds de myrte assure paix et harmonie aux lieux ainsi protégés).

Après tout cela, comment douter que le myrte ait pu jouer un rôle majeur en médecine ? Tout d’abord, Hippocrate préconisait le bain de myrte afin d’endiguer le cours du sang menstruel chez les femmes, alors que Théophraste donnait la préférence au myrte égyptien, beaucoup plus suave selon lui. Pline, quant à lui, mentionne dans son Histoire naturelle un certain nombre de pratiques qui tiennent plus de la magie que de la médecine proprement dite : les rameaux de myrte devaient expressément être coupés avec un instrument non ferreux. Autre précaution : une fois sectionnés, il ne fallait plus leur faire toucher terre sous aucun prétexte, au risque de voir leurs pouvoirs y retourner. Pline conseillait le contact direct des rameaux à la surface du corps afin qu’ils agissent par contagion. Il disait la baguette de myrte utile à celui qui voyage longtemps, et un anneau tressé de fins rameaux de myrte était considéré comme un heureux viatique.

D’un point de vue strictement médical, Pline indiquait le myrte comme digestif, anti sudorifique et astringent, ce qu’il est dans des cas de diarrhée, de leucorrhée et d’hémorragie. Pas fou, Pline savait bien que les feuilles et l’écorce des rameaux, une fois pulvérisées, formaient une poudre « légèrement mordante », et donc que le myrte arrête le sang entre autres.

Est-ce d’ailleurs un hasard si des Anciens plus proches de nous temporellement faisaient macérer des rameaux de myrte dans du vin blanc, médecine fort utile contre contusions et hématomes ?

Du côté de Dioscoride, nous en apprenons bien davantage encore. Nous avons déjà placé dans une note de bas de page ce que nous avons tiré d’un paragraphe qu’il consacre à l’huile de myrte, nous n’y reviendrons donc pas ici. Par ailleurs, il dispatche en deux endroits (Livre I, chapitre 127 et Livre IV chapitre 129) la totalité des informations qu’il est capable de produire au sujet du myrte.

Le premier extrait, qui forme une très longue notice, nous apprend que le myrte, plante astringente, est donné dans les crachements de sang et l’érosion de la vessie. Stomachique, le myrte convient bien également à l’atonie des voies digestives, il est de plus diurétique, anti-inflammatoire oculaire, cicatrisant et détersif cutané (brûlure, ulcère, panaris, maladies unguéales, boutons, pellicules, etc.) et antidote contre les morsures d’araignées et de scorpions.

Il intervient encore en cas de froissement musculaire, de flux menstruel, de fissure anale, de chute du rectum, de relâchement gingival et, enfin, de toutes sortes de catarrhes affectant la plupart des parties du corps humain. L’on peut dire, avec Dioscoride, que le myrte « secourt à toutes les choses qui ont besoin d’être resserrées et épaissies ».

Une eau d’ange passe… Puis il en vient à parler du second myrte, le myrte sauvage, dont les feuilles sont lancéolées. Celui-ci est considéré comme diurétique, emménagogue, lithontriptique urinaire et bon contre la jaunisse et la céphalée.

Le myrte, passé complètement inaperçu durant toute la période médiévale, doit patienter jusqu’au XVIe siècle avant qu’un regain d’intérêt se redéploye, en particulier en la personne de Matthiole qui, parce qu’il est d’origine toscane, connaît forcément cet arbrisseau qui borde la Mare nostrum. Pour lui, le myrte est un fortifiant stomacal bienvenu lors d’entérites et d’épisodes dysentériques, un tonique du cœur et un remède des affections cutanées telles que l’érysipèle et les manifestations herpétiques.

Petit arbrisseau de deux à trois mètres de haut (c’est bien assez pour masquer la sublime nudité d’Aphrodite !), densément feuillé et toujours vert, le myrte est une espèce indigène du pourtour méditerranéen, véritable signature des paysages corses, sardes et provençaux, se plaisant dans les maquis arides et caillouteux et autres sols acides et très ensoleillés. Ses très nombreux rameaux flexibles portent des feuilles opposées, aiguës, d’un beau vert luisant et vernissé, dures et coriaces, comme c’est de coutume lorsqu’on évolue sous de fortes chaleurs (cela permet à la plante d’éviter un excès d’évaporation).

Si on les observe d’un peu plus près, l’on constate l’empreinte laissée par Phèdre, c’est-à-dire une myriade de petits trous translucides, comme on peut en observer d’identiques chez le millepertuis. Il s’agit de glandes odoriférantes contenant l’essence aromatique du myrte.

S’égrenant le long des rameaux, qui deviennent de plus en plus rougeâtres au fur et à mesure que l’on progresse vers leur sommet, de juin à octobre, des fleurs solitaires fixées une à une à l’aisselle des feuilles, distillent la délicatesse de leur suave parfum.

Composées de cinq pétales blancs et d’une gerbe dense d’étamines, elles rappellent assez les fleurs d’aubépine. Elles donnent naissance à des baies pas plus grosses qu’un pois, dont la couleur oscille du bleuâtre au noir pourpre profond. Et il est vrai qu’elles s’apparentent fort à des myrtilles, avec lesquelles le myrte partage une similarité orthographique, à l’exclusion de celle qui concerne le goût : en effet, les baies de myrte, loin d’être acides et sucrées, sont âpres et résineuses.

La forte attraction des Anciens pour le myrte n’a pas été démentie par la découverte de ses principes actifs que l’on n’a révélés qu’au cours du XIXe siècle, même si, bien entendu, l’on soupçonnait auparavant l’existence, dans les tissus végétaux de ce joli arbrisseau, d’une matière aromatique et d’une autre attractive.


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