Résine d’Encens d’Oliban

Dénomination latine :

  • Boswellia carterii

Famille botanique :

  • Burseraceae

Organe producteur :

  • Gomme-résine

Propriétés :

  • Antidégénérative
  • Désclérosante
  • Immunostimulante (virus)
  • Cicatrisante
  • Action centrale sur les rythmes :
    • Réordonnancement
    • Restructurante intérieure (physique, biologique, immunitaire, émmotionnelle et psychologique)
  • Harmonisante du SNC
  • Cortison-like, stimulante de l’axe hypophyso-corticosurrénalien, intéressante dans les états inflammatoires prolongés
  • Lymphotonique et décongestionnante
  • Effet antimicrobien (l’α-pinène a un effet antibactérien démontré in vitro vis-à-vis du staphylocoque doré, d’Escherichia coli, Proteus mirabilis, Pseudomonas aeruginosa, Klebsiella pneumoniae ; l’effet antifongique a été démontré in vitro vis-à-vis de Candida albicans et de dermatophytes, antivirale démontré vis-à-vis de l’herpès – HSV-I)
  • Asséchante et desséchante des muqueuses respiratoires
  • L’huile essentielle extraite par CO2 supercritique serait de meilleure efficacité avec présence d’acides boswelliques (absents de l’huile essentielle hydro distillée
  • Puissamment anti-inflammatoire
  • Antalgique
  • Anxiolytique par voie locale, en massage manuel (mélange à parties égales d’H.E de lavande, bergamote, encens)
  • Inductrice d’apoptose dans certains cancers, cytotoxique vis-à-vis de cellules de cancers du sein et du rein
  • L’H.E est cytotoxique sur cellules de cancer du pancréas

Indications :

  • Ulcères
  • Cicatrices
  • Rides
  • Plaies profondes
  • Arthrite, arthrose
  • Infection respiratoire, bronchite
  • Défenses immunitaires faibles
  • Anxiété
  • Asthme

Précautions d’emploi :

  • Éviter en association avec la cortisone, risque d’interaction médicamenteuse
  • Ne pas utiliser sur une période prolongée, au risque de mettre au repos l’axe hypophyso-surrénalien et de subir une insuffisance surrénalienne aiguë à l’arrêt de la prise de l’H.E
  • Éviter d’appliquer l’H.E le soir (ou avant toute période de repos)
  • Déconseillée chez les personnes souffrant d’ostéoporose, en raison du risque de décalcification inhérent
  • Inhibitrice enzymatique, risque d’interactions médicamenteuses
  • Risque de cancérogénicité (α-pinène)
  • Dermocausticité, action révulsive sur la peau à l’état pur et agressive pour les muqueuses (rougeurs, irritations, prurit)
  • Contre-indiquée chez la femme enceinte ou allaitante ainsi que chez l’enfant de moins de 7 ans
  • H.E déconseillée chez les personnes psychotiques
  • Interactions médicamenteuses avec les huiles essentielles contenant des cétones ou des phénols à plus de 10%
  • Autorisée chez les animaux

Spécificité biochimique :

  • Monoterpènes : α-thuyène 45%, α-pinène 20%
  • Sesquiterpènes C15 : Betacaryophyllène 10%

Un peu d’histoire :

Depuis la plus lointaine antiquité, l’encens, avec la myrrhe et d’autres aromates faisait partie des drogues brûlées dans les temples, au cours des cérémonies religieuses. Ces fumigations odoriférantes sont d’ailleurs actuellement toujours en usage et font partie des rites des religions actuelles.

Phéniciens, Egyptiens et Hébreux faisaient un commerce important de l’encens. Tous ont laissé des témoignages écrits sur les pratiques rituelles de l’encens et son usage en médecine, notamment pour la cicatrisation des plaies profondes.

À noter que l’encens était inscrit à la Pharmacopée Française de 1949.

Plante mythique et rituelle de toutes civilisations du bassin méditerranéen, l’encens a été l’objet de toutes les convoitises des empires pour s’approprier les sites de production de la gomme-résine odoriférante apportée par Rois mages à l’enfant Jésus.

Les Egyptiens en font un usage rituel lors des embaumements, comme attestent les gravures sur le temple de la Reine Hatchepsout (XVe siècle av. J.-C) à Louxor, évoquant les expéditions à la recherche des arbres à encens dans le pays de Punt (Somalie). Plus tard, les Grecs avec l’expédition d’Alexandre le Grand (IVe siècle av. J.-C), puis les Romains avec l’expédition d’Aelius Gallus (Ier siècle av. J.-C) tentèrent vainement de s’emparer des régions productrices d’encens d’Arabie du Sud et de Socotra. Les Yéménites détinrent le monopole de ce commerce par caravane jusqu’au VIe siècle.

La médecine grecque recommandait l’encens pour fortifier l’estomac affaibli (Galien, IIe siècle), lutter contre les mucosités, réchauffer le foie et contre la fièvre. Il était conseillé aussi, tout comme en médecine arabe, pour activer l’intelligence et restaurer la mémoire. En médecine arabe, il est prescrit contre la diarrhée et les vomissements, les ulcères de l’œil (Razès, Xe siècle), la toux, en fumigation contre la peste et en masticatoire pour les affections des gencives et des dents. Au Yémen, l’encens est un médicament traditionnel contre l’asthme et les palpitations engendrées par le stress. Il est aussi apprécié en fumigation pour éloigner les mauvais esprits et les djinns.

Il entrait dans la composition de médicaments comme la thériaque, pour son action balsamique dans les affections respiratoires et les douleurs rhumatismales.

En Inde, la médecine traditionnelle ayurvédique le recommande dans les maladies inflammatoires depuis le début de la chrétienté.

L’huile essentielle est appréciée en parfumerie pour l’assemblage de parfums célèbres.

L’histoire de l’encens débute il y a plus de 6000 ans. Elle coïncide avec l’apparition des premières grandes civilisations de la Mésopotamie et de l’Égypte. L’encens d’origine est considéré comme l’un des premiers matériaux odorants à avoir été utilisé par l’être humain. On le retrouvait notamment dans les ingrédients des baumes qui servaient à la momification des égyptiens. On le brûlait aussi dans les temples pour communiquer avec les divinités.

Rites sacrés ou profanes, la fumigation de l’utilisation de l’encens perdure dans les mondes romains et grecs, jusqu’à l’époque moderne. On l’utilise toujours dans des encensoirs lors de cérémonies religieuses. Et c’est notamment pour cela que l’on associe aussi fréquemment l’odeur de l’encens aux églises. En Occident ce sont des lieux où il est encore utilisé comme seule matière première odorante. 

Selon une légende ancienne, une reine perdit son royaume suite à l’attaque de ses ennemis. Dans sa fuite, pleurant toutes les larmes de son corps, elle demanda à Dieu un cadeau pour la consoler de la perte de ses enfants et de ses terres. Alors partout où ses larmes coulèrent, des arbres aux gommes odorantes se mirent à pousser. Cette légende expliquerait l’apparition des arbres à encens. L’oliban, l’autre nom de l’encens, correspond aux résines de la famille des arbres boswellia. Ils ne poussent que dans les régions montagneuses et arides d’Afrique, comme en Éthiopie. On les retrouve aussi dans le sud de la péninsule arabique au Yémen ou à Oman.

Arabia felix : l’Arabie heureuse. C’est ainsi que les Romains surnommaient le Sud de la péninsule, région riche et fertile et terre d’origine du précieux boswellia. Il existe diverses variétés de cet arbre, dont la résine extraite n’offre pas les mêmes propriétés olfactives.

A bien considérer les diverses étymologies et façons de désigner l’encens, on peut apprendre beaucoup à son sujet. Le mot encens lui-même provient du latin incensum, participe passé du verbe incendere qui signifie brûler, enflammer. On note la présence de cette racine en anglais à travers le mot  frankincense (frank : libre et pur). On décèle cette pureté dans l’arabe al-lubân (« être blanc ») et l’hébreu lebonah (« blanc comme du lait »). Les Grecs s’inspirèrent de la désignation arabe en nommant l’encens par le terme de libanos (ils croyaient, à tort, que l’oliban provenait du Liban). Chez les Romains, l’encens répond au curieux nom de thus, à rapprocher du grec thuô qui veut dire : « offrir un sacrifice en brûlant des offrandes », ce qui constitue une définition à l’acception très large. Peut-être est-ce là la raison qui vaut à toute substance végétale brûlée par fumigation d’être appelée par le terme générique d’encens, alors que, au sens strict, l’encens n’est autre chose que la gomme oléorésine provenant de petits arbres, les boswellias.

Connu depuis des milliers d’années, l’usage de l’encens remonte aux plus anciennes religions orientales, en particulier en Inde, où l’Ayurvéda emploiera ses qualités. Mais, en ces temps reculés, ce sont moins ses propriétés médicinales qui intéressent l’homme. En effet, il a plus à voir avec « l’église » qu’avec « l’hôpital ». Ovide, dans sa quatrième métamorphose, explique comment et pourquoi l’encens est né.

C’est la relation du Soleil (Apollon) avec Leucothoé qui a valu à cette dernière d’être ensevelie vivante par son propre père. « D’un corps promis à la décomposition, le dieu avait fait un aromate destiné à relier la Terre et le Ciel ». L’encens, pur et sain, est l’émanation du Soleil divin à travers la figure d’Apollon, alors que Leucothoé sacrifiée est celle qui, « malgré tout, montera au ciel. »

Si « l’usage d’employer l’encens dans les sacrifices semble être très ancien », lors de l’antiquité gréco-romaine, l’on ne sait pas exactement d’où provient l’arbre thurifère. Pline en parle longuement, même s’il n’a jamais vu un seul de ces arbres. « Ce sont, dit-il, les seuls Arabes qui voient l’arbre de l’encens, et encore ne le voient-ils pas tous ; on dit que c’est le privilège de trois mille de ces familles seulement, qui le possèdent par droit héréditaire ; que pour cela, ces individus sont sacrés ; que lorsqu’ils taillent ces arbres ou font la récolte ils ne se souillent ni par le commerce avec les femmes, ni en assistant à des funérailles, et que ces observances religieuses augmentent la quantité de marchandises. ».

Pendant longtemps, durant l’Antiquité, l’encens aura plus de valeur que l’or (aujourd’hui encore, la production mondiale d’or est supérieure à celle d’encens, laquelle est évaluée à 2000 tonnes par an). C’est peut-être cette contrainte financière qui explique que, à l’époque romaine, on ne donne plus « l’encens aux dieux que par miettes », nous dit Pline, qui ajoute : « Du reste, les dieux n’étaient pas moins propices quand on les suppliait avec de la farine salée ; bien au contraire, c’est l’évidence, ils étaient plus bienveillants ». On est loin de l’abondance et de la prodigalité parfois indécente de Néron et d’Alexandre le Grand.

Le premier fit brûler pour les funérailles de son épouse Poppée autant d’encens que l’Arabie pouvait en produire pendant une année, tandis que le second « s’étant emparé de l’Arabie, envoya à Léonidas un navire chargé d’encens et l’exhorta à implorer les dieux sans parcimonie ». Mais, comme dit Ovide dans sa huitième métamorphose, si « la piété est chère aux dieux, les honneurs qu’elle leur rend, elle les reçoit à son tour. » Quand on sait que Néron s’est suicidé et qu’Alexandre le Grand a probablement été empoisonné, cela en dit long sur la piété de ces deux hommes.

Non, l’encens, ça n’est définitivement pas une question de gloire et de puissance. Au contraire, il « conduit spontanément vers la pacification intérieure, la sérénité, la contemplation ». En effet, l’encens, comme d’autres matières parfumées, est considéré comme une substance à même de capter la clémence des divinités et de les apaiser. C’est sans doute cela qui a valu à l’encens d’être cité plus d’une centaine de fois dans la Bible (on y trouve même une recette de « parfum sacré » contenant de l’encens, ainsi que les raisons et la manière de s’en servir).

À l’heure actuelle, l’encens fait encore partie de la panoplie liturgique catholique et orthodoxe. On retrouve même l’ancien nom de l’encens – thur – dans le mot thuriféraire qui désigne celui qui porte l’encens et l’encensoir dans la liturgie romaine. Par appropriation, il est donc normal que l’encens ait été lié à une symbolique divine par le christianisme, qui s’exprime à travers les offrandes faites à l’enfant Jésus. Si l’or représente le Roi et la myrrhe l’Homme (et son caractère mortel : n’oublions pas la symbolique mortuaire associée à la myrrhe), l’encens, pour finir, représente Dieu.

Au Moyen-Âge, on trouve, chez de nombreux auteurs, des informations sur les usages médicinaux de l’encens. Tout d’abord, avec Macer Floridus (De Viribus Herbarum), on apprend que l’encens, soixante-seizième plante abordée dans ce texte du XIe siècle, porte le nom de thus. Peut-être est-ce là un hommage rendu par cet auteur à l’Antiquité classique.

Pour lui, l’encens est un tonique cutané (cicatrisation des plaies, brûlures et ulcères), un expectorant et une substance qu’il donne comme antihémorragique. D’un point de vue qui apparaît davantage « psychique », Macer Floridus indique que l’encens éclaircit la vue et fortifie la mémoire.

Au siècle suivant, Hildegarde de Bingen, qui appelle l’encens thur, reprend quelques peu les indications de Macer Floridus (« il clarifie les yeux »). Elle l’utilise sur plaies et démangeaisons, et, en religieuse qu’elle est, la qualité réconfortante de l’encens ne lui a pas échappé.

Dans le Grand Albert, on trouve quelques indications relatives à l’encens : destiné aux maux oculaires, on attribue surtout à l’encens la capacité de lutter contre la corruption de l’air que l’on respire (maladies infectieuses, épidémies…). Quant au Petit Albert, il propose la recette d’une « eau céleste » contenant de l’encens et une foule d’autres ingrédients, au sein d’un mélange qui rappelle les antiques panacées aux propriétés quasiment miraculeuses. Au passage, on ne sera pas surpris d’apprendre que cette eau céleste aurait le don d’éclaircir… la vue !

Des thériaques médiévales aux compositions plus tardives, on trouve l’encens dans bien des compositions magistrales : l’élixir de Garus, le baume du commandeur, etc.
Au XIXe siècle, avec l’avènement de la chimie de synthèse, le rôle de l’encens dans la pharmacopée décroit peu à peu. Il faudra attendre l’arrivée de l’encens dans le domaine de l’aromathérapie pour le voir s’offrir une nouvelle jeunesse.


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