Huile essentielle d’Aneth

Dénomination latine :

  • Anethum graveolens 

Famille botanique :

  • Apiaceae (Umbelliferae)

Organes producteurs :

  • Parties aériennes fructifiées

Propriétés :

  • Stimulante et antispasmodique digestive, augmente le tonus basal et les contractions de la musculature lisse intestinale, carminative (effet démontré avec la carvone sur les muscles lisses vis-à-vis de l’acétylcholine et de l’histamine ; l’α-phellandrène réduit les contractions de l’intestin par interaction sur les récepteurs 5 hydroxytriptamine 3)
  • Fluidifiante dans les insuffisances hépatobiliaires et pancréatiques, augmente la sécrétion de sucs gastriques
  • Carminative, cholagogue et cholérétique (les cétones lèvent les stases, redonnent le mouvement en général. Utile en cas de ballonnements, météorismes, colopathies – Le limonène et la carvone stimulent la sécrétion biliaire, montrant un effet cholérétique et cholagogue)
  • Antitoxique, diurétique, antispasmodique rénale
  • Fluidifiante bronchique, mucolytique, antifongique (l’action antifongique est liée à l’α-phellandrène et au limonène)
  • Antimicrobienne
  • Détoxifiante et hépatoprotectrice (l’action détoxifiante de la carvone sur le foie est liée à la stimulation des cytochromes P-450 ou des enzymes de phase II comme la gluthation-S-transférase)
  • Hypocholestérolémiante (la carvone abaisse le taux de cholestérol et l’accumulation hépatique des triglycérides)
  • Digestive (la carvone réduit les nausées par action sur la motilité gastrique et l’acidité gastrique lors des reflux gastro-œsophagiens)
  • Hypolipidémiante par activation du peroxisome du PPAR-α (proliferator-activated receptor-α)
  • Diurétique antispasmodique des voies urinaires
  • Antidépressive
  • Inhibition de l’acétylcholinestérase et de la butyrylcholinestérase
  • Le limonène stimule la microcirculation digestive
  • Tonique et stimulante générale (monoterpènes) ; positivants, car ils s’ionisent positivement et très facilement)
  • Cortison-like, stimulante de l’axe hypophyso-corticosurrénalien, intéressante dans les états inflammatoires

Indications :

  • Dyspepsie hypersthénique, colites spasmodiques, hoquet
  • Flatulences, fermentations intestinales, colopathie droite
  • Douleur intestinale, spasme, ballonnement, flatulence, aérophagie
  • Hypercholestérolémie, hyperlipidémie
  • Stimule la fonction rénale en facilitant l’élimination urinaire au niveau de la papille
  • Facilite la fonction exocrine du pancréas
  • Bronchites aiguë avec encombrement
  • Suites de deuils, chocs émotifs
  • Cure de détoxification
  • Taux de cholestérol et de triglycérides élevés

Précautions d’emploi :

  • Dermocaustique, ne pas utiliser pure sur la peau
  • Réservée à l’adulte
  • Peut provoquer une sévère irritation des yeux par voie olfactive
  • Usage cutané seul préconisé
  • Ne pas diffuser, ni inhaler, ni mettre dans l’eau du bain
  • Contre-indiquée pendant la grossesse (abortive) ou l’allaitement
  • Prudence chez les personnes atteintes de maladies auto-immunes, épileptiques, âgées ou atteintes de Parkinson, ainsi qu’aux personnes neurosensibles
  • Contre-indiquée en cas d’antécédents de convulsions et/ou d’épilepsie
  • Inductrice du cytochrome P450 (CYP 2B1 et CYP 2C)
  • Le limonène est métabolisé chez l’homme par le CYP2C9 et le CYP2C19
  • Pas d’association avec la cortisone

Composants principaux majoritaires :

  • Monoterpènes (64 %) : limonène 38%, alpha-phellandrène 17%
  • Cétone monocyclique (28 %) : d-carvone 25%

Un peu d’histoire :

Bien connue sous le nom de dill, cette appellation n’est pas anglaise mais scandinave: dilla en norvégien signifie calmer, bercer, apaiser et correspond aux propriétés sédatives de l’aneth. Le nom d’espèce « graveolens » signifie en latin « d’odeur forte ».

Née, quelque part, entre Istambul et Odessa, l’aneth est mentionné dans un traité médical égyptien, il y a de cela plus de 5 000 ans. Longtemps sédentaire elle ne subit pas de rayonnement à travers l’Europe au début de notre ère. Même si les Romains raffolaient de son odeur anisée et en avaient fait un symbole de vitalité, cette dentelle échevelée a pris quelques temps à conquérir les pays nordiques. Ils conservent jalousement cette herbe aromatique que l’on retrouve aussi bien dans la pitance des gladiateurs que dans les recettes les plus élaborées d’Apicius, deuxième du nom, qui préféra mettre fin à ses jours lorsque ses finances ne lui permirent plus d’acheter sans limite la multitude d’épices qui trouvait grâce à ses yeux.

Utilisée maintenant à profusion en Russie et en Scandinavie, elle parfume la cuisine de Stockholm à Helsinki. Elle a séduit les Anglo-Saxons qui l’embarquèrent avec eux dans leur longue traversée de l’Atlantique et inventèrent les  » dill pickles « .

Au Moyen Age, une branche d’aneth équivalait à un talisman contre la sorcellerie qui s’infiltrait partout.

L’aneth est utilisé depuis l’Antiquité comme plante médicinale. L’aneth est cité dans les textes sanskrits, ainsi que sur le Papyrus d’Ebers, peut-être même depuis l’époque néolithique (fouilles effectuées en Suisse).

Depuis très longtemps utilisé en Palestine, il est souvent cité dans le Nouveau Testament.

Les traités de distillation précisent dès les XVe et XVIe siècles le mode d’extraction et d’utilisation de cette huile essentielle.

L’huile essentielle d’aneth appartient aux 4 semences carminatives des apothicaires : anis – aneth – cumin – fenouil.

En médecine grecque, Dioscoride (Ier siècle) la recommande pour stimuler le lait des nourrices et en médecine arabo-persane, Avicenne (XIe siècle) précise qu’elle fait sortir les vents.

Les Grecs s’en recouvraient les yeux pour s’endormir plus vite.

Sainte Hildegarde (XIIe siècle) l’indique contre les saignements de nez.

Cazin (XIXe siècle) considère que ses propriétés sont proches de celle du fenouil : le fruit est carminatif, facilite la digestion et soulage les gastrites et les douleurs abdominales.

Fournier (XXe siècle) mentionne l’intérêt de l’huile essentielle dans les vomissements et le hoquet suite aux résultats obtenus avec des soldats grippés atteints de hoquets spasmodiques (en usage cutané).

L’akvavit ou aquavit est une boisson spiritueuse au carvi ou aux grains d’aneth, ou les deux, produite à base d’alcool éthylique d’origine agricole, aromatisée avec un distillat d’herbes ou d’épices.

Anethum graveolens… Autrement dit, « plante à forte odeur qui pousse vite ». Bien intérêt à pousser rapidement, étant une plante annuelle (autrement dit, toute graine germée doit faire de la graine dans la même année) qui possède bien des points communs avec ses proches cousins que sont fenouil et anis. À tel point qu’on aura souvent affublé l’aneth des sobriquets de fenouil puant, fenouil bâtard et autre faux anis.

Probablement issu du Proche Orient, l’aneth s’est propagé (et oui, c’est un mot masculin) autant au Caucase qu’à l’Égypte dans un premier temps. Les Égyptiens de l’Antiquité l’inscrivirent même dans le fameux papyrus Ebers (1500 ans av. JC). Plus tard, le papyrus magique de Leyde, rédigé en grec, mentionne l’aneth sous le surnom de « semence d’Hermès ». Plus largement, au-delà d’une seule considération d’ordre purement magique, l’aneth est relaté par Hippocrate, Dioscoride et Galien, ce qui est certainement la preuve que l’aneth a posé le pied sur le sol européen bien avant le début de notre ère.

Les Grecs anciens composèrent un remède à base d’aneth, de fenouil et de racine de verveine afin de combattre la stérilité féminine. Du côté des Romains, Pline et Virgile y font référence au tout début de l’ère chrétienne, l’un dans son Histoire naturelle, l’autre dans ses Bucoliques. Bien qu’endémique à l’Europe méridionale, des restes d’aneth ont été découverts parmi les ruines de maisons romaines en Grande-Bretagne, ce qui atteste de la percée septentrionale de l’aneth au cours des siècles encadrant la naissance du Christ.

Au Moyen-Âge, ce ne sont pas moins que l’école de Salerne et Hildegarde qui l’emploient comme remède. La célèbre école de médecine italienne se fendra même de bons mots à son sujet : « l’aneth chasse les vents, amoindrit les humeurs et d’un ventre replet dissipe les grosseurs ». Quant à l’abbesse de Bingen, elle préconise l’aneth en cas de saignement de nez, de maladies pectorales, de douleurs de la rate et de goutte.

Matthiole indique que l’aneth était cultivé dans tous les jardins de son temps et qu’il comptait au nombre des ingrédients constituants des thériaques, tandis que ses graines formaient avec la camomille, le mélilot et la matricaire le club des quatre plantes carminatives des apothicaires de l’époque.

L’aneth avait si bonne presse qu’à la Renaissance il était invité à la table du roi Louis XIV sous la forme de rossolis, une liqueur à base de fenouil, d’aneth et de cannelle, entre autres. Eupeptique, elle permettait au roi de faciliter les digestions pénibles que ses excès de table occasionnaient régulièrement. Puis, progressivement, l’aneth glissera vers l’Europe du Nord où il est encore abondamment utilisé. Au XVIIIe siècle, une mariée scandinave assurait son bonheur conjugal en ornant son corsage de fleurs d’aneth.

Bien plus petit que le fenouil auquel il ressemble beaucoup, l’aneth est constitué d’une tige creuse, lisse et vert glauque. Haut d’une centaine de centimètres en moyenne, il est bon de noter que les sujets sauvages sont plus petits que les domestiques. Comme très souvent chez les Apiacées, on distingue des feuilles inférieures aux pétioles engainants et des feuilles supérieures linaires et filiformes que surplombent des ombelles de petites fleurs jaunes pauvres en nectar mais qui produiront à profusion des graines brunâtres, plates et striées, au goût frais et légèrement amer.


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