Huile essentielle de Romarin ct camphre

Dénomination latine :

  • Rosmarinus officinalis camphoriferum

Famille botanique :

  • Lamiaceae

Organe producteur :

  • Rameaux fleuris

Propriétés :

  • Action neuromusculaire, relaxante, décontracturante
  • Tonicardiaque et hypotensive
  • Décongestionnante veineuse
  • Antalgique et anti-inflammatoire
  • Anti catarrhale et expectorante
  • Mucolytique
  • Lipolytique
  • Urolytique antalgique
  • Emménagogue non hormonale
  • Antalgique externe, anti-inflammatoire
  • Régulatrice hépatique, comme tous les romarins, bien que beaucoup moins spécifique que Rosmarinus ct acétate de bornyle, verbénone
  • Cholérétique et cholagogue
  • Cortison-like
  • Lymphotonique et décongestionnante

Indications :

  • Contractures musculaires, myalgies, crampes, rhumatismes, arthrose
  • Hypertension cérébrale, faiblesse cardiaque
  • Varices
  • Hypercholestérolémie, surcharge pondérale, adiposités
  • Crise de goutte
  • Aménorrhées, oligoménorrhées
  • Algies dentaires et rhumatismales, algies musculaires, crampes
  • Hépatites, cirrhoses, dyspepsies

Précautions d’emploi :

  • Risque de neurotoxicité à haute dose (peut induire convulsions, nausées et vomissements)
  • Contre-indiquée chez les personnes épileptiques ou aux antécédents de convulsions
  • Hypertensive à dose moyenne
  • Ne pas diffuser, ni inhaler, ni mettre dans l’eau du bain
  • Ne pas avaler !
  • Interdite en usage interne
  • Usage cutané seul préconisé
  • Contre-indiquée chez la femme enceinte (abortive) ou allaitante
  • Eviter en association avec la cortisone, risque d’interaction médicamenteuse
  • Ne pas utiliser sur une période prolongée, au risque de mettre au repos l’axe hypophyso-surrénalien et de subir une insuffisance surrénalienne aiguë à l’arrêt de la prise de l’H.E
  • Éviter d’appliquer l’H.E le soir (ou avant toute période de repos)
  • Déconseillée chez les personnes souffrant d’ostéoporose, en raison du risque de décalcification inhérent
  • Dermocaustique ; action révulsive sur la peau à l’état pur et agressif pour les muqueuses (rougeurs, irritations, prurit)
  • Inhibitrice enzymatique, risque d’interactions médicamenteuses
  • Risque de cancérogénicité au long cours (α-pinène)
  • Contre-indiquée chez les asthmatiques
  • Réservée à l’adulte
  • Prudence chez les personnes atteintes de maladies auto-immunes, âgées ou atteintes de parkinson, ainsi qu’aux personnes neurosensibles
  • Interactions médicamenteuses avec les huiles essentielles contenant des sesquiterpènes à plus de 10 %

Composants principaux majoritaires :

  • Monoterpènes 40 % : α-pinène 17 %, camphène (9 – 20 %)
  • Oxydes : 1,8 cinéole
  • Cétones 30 % : camphre

Un peu d’histoire :

Symbole de l’amour, du mariage et de la mort, le romarin de l’Antiquité appartenait aux cérémonies religieuses.

Il entre en thérapeutique au Xe siècle avec la médecine arabe, doté d’indications rapportées par Ibn al-Baytar (XIIIe siècle) : « le romarin provoque l’écoulement de l’urine et des règles, résout les obstructions du foie et de la rate, il purifie les poumons, il est utile dans la toux, l’asthme, l’ascite et l’hydropisie (rétention d’eau) ».

Leclerc (XXe siècle) rapporte que le romarin est aussi un stimulant recommandé dans les asthénies consécutives aux maladies infectieuses. Macéré dans du vin chaud en cataplasme contre les gonflements articulaires, les entorses et les contusions. L’infusion est salutaire en gargarisme dans les amygdalites.

Les premières distillations effectuées à Montpellier datent du XIVe siècle. En massage, l’huile de type camphrée est réputée contre les douleurs musculaires et celle de type cinéole désinfectante et expectorante.

Autrefois, on préparait une boisson digestive en laissant macérer du romarin dans une bouteille de vin rouge.

En infusion, le romarin est proposé lors d’insuffisance biliaire, de digestion difficile, de maux de ventre, de fatigue (par exemple après une maladie) ou d’infections des voies respiratoires. Des cures de romarin ont longtemps été populaires au printemps pour détoxifier l’organisme.

En application locale, le romarin est proposé pour aider à la cicatrisation des plaies et soulager les douleurs des muscles et des articulations.

Le romarin est une plante typique du bassin méditerranéen depuis longtemps cultivée et utilisée. Ses champs d’application sont vastes : aromathérapie, phytothérapie, parfumerie, cuisine, magie, etc.
Bien que fort prisé des Anciens, le romarin n’a joué pour eux qu’un rôle médical mineur.

Si on a retrouvé des rameaux de romarin dans des tombes remontant aux toutes premières dynasties égyptiennes, rien n’atteste qu’il avait une telle fonction. Peut-être avait-il en Égypte la même attribution qu’en Grèce antique et en Rome impériale. Des sources indiquent que Grecs et Romains employaient la plante comme médecine, mais rien n’est moins certain.

Il semblerait que le romarin ait eu une valeur symbolique très tôt dans l’Antiquité. « Plante aromatique devenue funéraire, son arôme passait pour conserver le corps du trépassé, et son feuillage toujours vert semblait un gage d’immortalité ». Associé à un certain nombre de rites funéraires, il permettait d’accompagner le défunt dans l’au-delà. Mais il avait aussi une utilité pour les vivants lors de ces rites, puisqu’on sait que les Romains portaient des couronnes de romarin (d’où son surnom d’herbe à la couronne, coronarius) pour, très certainement, les aider à garder la tête froide lors de tels événements.

Symbole de mort, il est aussi symbole de vie et d’amour. Aussi l’employait-on couramment, toujours sous forme de couronne, lors des mariages. Du culte des morts on glisse vers l’idée du rajeunissement et de la résurrection. Mais le romarin, de plante cultuelle, est passé au stade médicinal puis condimentaire, à travers un processus de désacralisation, comme on en rencontre tant dès qu’on parle des plantes. « Mais cette injuste déchéance ne pouvait être elle-même que toute provisoire, puisque, après tout, les légendes concernant les plantes n’étaient qu’une manière d’en souligner les vertus. Nous pourrions dire aujourd’hui qu’elles étaient destinées à engendrer un conditionnement psychique préalable qui rendent plus efficaces encore leurs très réelles propriétés ».

C’est cela aussi la magie, qui autorise à ce qu’un remède marche plus ou moins bien, en fonction de l’attitude qu’on observe vis-à-vis de lui. Par exemple, il ne suffisait pas aux étudiants grecs de se tresser des couronnes de romarin pour que cela favorise immédiatement leur intellect (de même qu’on le ferait avec un diffuseur d’huiles essentielles aujourd’hui). Il faut retrouver le caractère sacré de la plante que des siècles et des siècles de dénégation et d’ignorance ont effacé.

La distillation participe à cela, elle permet de séparer le subtil de l’épais et de retrouver « l’esprit de la plante ». C’est ce que tente Archigène au Ier siècle ap. J.C., en procédant par décoction. Plus tard, il est dit que ce sont les Arabes qui, les premiers, ont distillé le romarin. Si l’on est certain que cela s’est produit au XIVe siècle, les sources sont discordantes quant à l’identité de ceux qui ont officié la manœuvre : s’agit-il des Arabes ou bien de Ramon Lull. Quoi qu’il en soit, sera obtenue une huile essentielle tenue en très haute estime par les spagyristes et les apothicaires de la Renaissance, mais, avant d’y parvenir, quelques anecdotes médiévales propres au romarin :

En dehors de son aire géographique d’origine, le romarin est très cultivé dans les jardins médiévaux. En effet, il est mentionné dans le Capitulaire de Villis (le territoire de l’empire carolingien s’étendant bien au-delà du seul pourtour méditerranéen), mais aussi sur le plan de Saint-Gall, en Suisse ! Enfin, Hildegarde en parle un peu et le Grand Albert mentionne une recette à base de lavande, de menthe pouliot, de marjolaine et de romarin déjà présentée comme « eau de jouvence ».

Enfin, la Renaissance accueille le romarin. On lui fera beaucoup d’éloges du XVIe au XVIIIe siècle. Présent dans l’opodeldoch de Paracelse, on le trouve aussi dans le vinaigre des quatre voleurs. Mais c’est surtout à travers la très célèbre eau de la reine de Hongrie que le romarin défraya la chronique au XVIIe siècle. Cette eau, en réalité un alcoolat, contenait des fleurs de romarin distillées et fermentées avec du miel et probablement de l’essence de térébenthine et de cèdre.

La légende dit qu’elle fut offerte par un ermite à la reine de Hongrie en 1370. Cet élixir « passait pour avoir transformé une princesse septuagénaire, paralytique et goutteuse, en une séduisante jeune fille qui fut demandée en mariage par un roi de Pologne ».

Si Valnet force un peu le roman avec de l’eau de rose, il n’en reste pas moins vrai que cet élixir eut le mérite de soigner cette reine des rhumatismes dont elle était affligée, et qu’il lui aurait apporté une seconde jeunesse dans son grand âge. Ce n’était peut-être pas une reine de Hongrie, peut-être que cela ne se déroulait pas au XIVe siècle, cependant, au XVIIe siècle, cette eau est le nec plus ultra dont les grands de ce monde ne surent se passer.

Louis XIV en fit l’usage pour, lui aussi, soulager ses rhumatismes, alors que Madame de Sévigné en faisait l’apologie à sa fille, Madame de Grignan. En 1678, Madame Fouquet reviendra sur le cas de la reine de Hongrie dans son Recueil des remèdes faciles et domestiques. Elle y écrit que cette reine se lavait le visage de cet élixir, ce qui aurait eu pour effet de la rendre plus belle…

Populaire, le romarin n’était pas réservé qu’à l’élite. Il fait partie de la pharmacopée traditionnelle de nombreux pays méridionaux. Mais il est vrai que si la sagesse populaire a parfois du bon, le romarin, cultivé, étudié et utilisé dans les monastères, sera peu à peu entré dans le domaine du religieux chrétien. En tant que simple, c’est particulièrement au Moyen-Âge qu’on lui a reconnu certaines de ses propriétés médicinales (faciliter la mémoire dont il est l’un des symboles, lutter contre les rhumatismes…). Autant de propriétés qui s’illustrent à travers d’innombrables préparations au cours des siècles (eau de Dardel, baume Nerval, baume tranquille, alcoolat vulnéraire du Codex, baume nervin, onguent de romarin…).

Au XVIe siècle, Jean Bauhin mentionne ce que l’on appelle les herbes de la madone, c’est-à-dire celles dédiées à la vierge Marie. Parmi elles, on trouve le romarin « qui doit sans doute son nom à une équivoque entre marinus et marianus, ou encore à une certaine analogie de son feuillage avec celui du genévrier qui servit à cacher la vierge fugitive ».

En latin, le nom scientifique du romarin est bien rosmarinus, non rosmarianus. Le romarin n’appartient donc pas à Marie, même si on en a fait son « arbre », mais davantage aux côtes marines. Il a été dit que le mot rosmarinus se décompose comme suit : ros-marinusros pouvant signifier autant « rose » que « rosée », le romarin serait donc une « rose marine » ou une « rosée marine » (l’anglais rosemary et surtout l’allemand rosmarin ne font pas de doute à ce sujet).

Paul-Victor Fournier, homme d’église, nous indique que ros est un vieux mot latin apparenté à rhus qui veut dire… buisson. Étymologiquement, le romarin n’est donc pas autre chose qu’un arbrisseau maritime. Ce qui est, du reste, une banale évidence.


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