Huile essentielle d’Origan compact

Dénomination latine :

  • Origanum compactum

Famille botanique :

  • Lamiaceae

Organes producteurs :

  • Parties aériennes fleuries

Propriétés :

  • Anti-infectieuse puissante
    • À large spectre : bactéricide, mycobactéricide, fongicide, virucide, parasiticide
    • À zones d’activité larges : respiratoire, oro-intestinale, uro-génitale, sanguine, ganglionnaire
  • Immunostimulante
  • Effet antimicrobien démontré vis-à-vis d’Escherichia coli, Salmonella typhimurium, staphylocoque doré et Klebsiella pneumoniae; antifongique démontré vis-à-vis de champignons impliqués dans les maladies de peau, les candidoses et les aspergilloses ; antivirale : le carvacrol dégrade les protéines de la capside, son enveloppe virale et détruit le virus
  • Anti oxydante (démontré in vitro vis-à-vis du peroxyde hydrogène)
  • Cortison-like
  • Bactéricide même vis-à-vis de germes résistants aux antibiotiques avec lesquels elle entre en synergie
  • Tonique et stimulante générale, physique, psycho-émotionnelle et sexuelle
  • Cortico-stimulante

Indications :

  • Rhinite, pharyngite, angine, infections ORL, bronchite
  • Sinusite
  • Entérocolites, dysenterie, amibiase, paludisme
  • Néphrite, cystite, prostatite, HPV26
  • Dermatose infectieuse
  • Gastroentérite
  • Rhino-bronchopneumopathies infectieuses
  • Oropharyngites
  • Bactériémies, virémies, adénites
  • Névrites, hypotension
  • Infections bactériennes, virales et parasitaires
  • Furoncles, mycoses, gale, teigne, abcès
  • Grippes
  • Typhus
  • Asthénies profondes, épuisement nerveux

Précautions d’emploi :

  • Ne pas diffuser, ni inhaler, ni mettre dans l’eau du bain
  • Dermocaustique, action révulsive sur la peau à l’état pur et agressive pour les muqueuses (rougeurs, irritations, prurit, nécrose)
  • Contre-indiquée chez la femme enceinte ou allaitante
  • Contre-indiquée chez l’enfant de moins de 12 ans
  • Pas plus de 10 jours d’utilisation
  • Eviter en association avec la cortisone, risque d’interaction médicamenteuse
  • Ne pas utiliser sur une période prolongée, au risque de mettre au repos l’axe hypophyso-surrénalien et de subir une insuffisance surrénalienne aiguë à l’arrêt de la prise de l’H.E
  • Éviter d’appliquer l’H.E le soir (ou avant toute période de repos)
  • Déconseillée chez les personnes souffrant d’ostéoporose, en raison du risque de décalcification inhérent
  • Prudence en usage interne, hépatotoxicité aiguë à très faible dose
  • Interactions médicamenteuses avec les huiles essentielles contenant des sesquiterpènes à plus de 10 %
  • Inhibitrice enzymatique, risque d’interactions médicamenteuses
  • Risque de cancérogénicité au long cours (α-pinène)
  • Attention à d’éventuels effets gynécomastiants en usage prolongé, le linalol montre une activité anti-androgénique et une faible activité ostrogénique en se liant aux récepteurs aux œstrogènes. Le linalol empêche la production de testostérone, à éviter chez les individus de sexe masculin (perturbateur endocrinien)
  • Contre-indiquée per os en cas de gastrites, d’ulcères et de problèmes hépatiques

Composants principaux majoritaires :

  • Phénols : carvacrol, thymol
  • Monoterpènes (25 %) : α et β-pinènes
  • Monoterpénols (10 %) : linalol

Un peu d’histoire :

Dès l’Antiquité, l’origan comptait parmi les aromates indispensables pour la médecine et la cuisine. Attention cependant ! On a souvent désigné sous le nom d’ « origan« , des espèces très différentes…

L’origan dont parle Aristote, Théophraste, Hippocrate, Pline et bien d’autres, n’est pas toujours notre origan, mais une variété désignée sous le nom de « Dictamnus » ou « Dictame« .

Virgile, dans l’Eneide, soutient que Vénus soigna la blessure de son fils avec de l’origan…

Une huile parfumée avec cet origan était offerte aux dieux comme l’atteste une tablette du XIIIe siècle av. J.-C.

En médecine grecque, Dioscoride (Ier siècle) la conseillait dans les gastrites.

En médecine populaire, on écrasait ses feuilles pour soulager les narines enrhumées et en cataplasme ou en infusion contre les douleurs articulaires. Elle est réputée tonique et aphrodisiaque.

Valnet (XXe siècle) la recommande dans les bronchites chroniques et les toux d’irritation comme la coqueluche, ainsi que dans l’aérophagie et les douleurs rhumatismales.

Originaire du Bassin méditerranéen et d’Asie Centrale, l’origan fait sa première apparition dès l’Antiquité en tant que produit à vertus médicinales. Cousine de la marjolaine, cette plante aromatique était considérée comme « sacrée » par les Égyptiens et les Indiens.

Les Romains et les Grecs quant à eux, étaient certains de ses vertus aphrodisiaques, symbolisant la fertilité et la joie. D’ailleurs, certains jeunes mariés portaient des couronnes tressées d’origan. Ce n’est qu’au XIIIe siècle que l’appellation « origan » est née, signifiant alors « aime la montagne ». Une légende raconte que cet aromate poussant dans les régions montagneuses, aurait été créé par Vénus afin de cicatriser les blessures causées par les fameuses flèches de Cupidon.

Ce condiment embaumait les défunts des Égyptiens et était donné en offrande aux Dieux. L’origan était considéré comme un anti-venin pour Aristote.

Au XVIe siècle, on en portait sur soi afin de se protéger de la peste.

L’origan était reconnu pour deux propriétés, son rôle protecteur et en tant que philtre d’amour : « quelques feuilles dans le repas de l’élu de son cœur ».

L’origan est une très ancienne épice dont on retrouve la mention dans des ouvrages culinaires du Moyen Âge.

De l’origan, l’on a tout dit : des choses vraies qui dénotent la perspicacité et la sagacité, des choses fausses, confinant parfois à la sottise et à la crédulité crasse sans borne. Et cela commence très tôt, avec Aristote, par exemple, qui prétend que la tortue venant à manger un serpent, doit, à la suite, avaler de l’origan pour n’en pas mourir.

C’est une ânerie que l’on retrouvera, copiée-collée sans discernement par certains Henri Corneille Agrippa et autres Jean-Baptiste Porta. Au contraire, l’homme de théâtre, auteur des Nuées et des Grenouilles, Aristophane, par une locution devenue proverbiale – « regarder de l’origan » –, fait référence aux âmes énergiques.

Comme quoi, des deux « excellents », celui qui annonce des bêtises n’est pas forcément celui auquel on pense, le littéraire pouvant l’emporter sur le scientifique. Loin de ces billevesées, Hippocrate emploie dans sa pratique médicale un origan qui n’est vraisemblablement pas l’origan vulgaire, assez peu répandu en Grèce et au Proche-Orient, mais un origan aux fleurs blanches, sans doute le même auquel Dioscoride fait référence, bien qu’il n’en mentionne pas qu’un seul dans la Materia medica, puisqu’on y apprend que l’origan héracléotique, de nature caléfactive (c’est-à-dire réchauffante), outre ses usages dans les spasmes, la toux, les démangeaisons, l’hydropisie, l’apparition du flux menstruel, est fortement réputé comme antidote : ainsi viendrait-il à bout des morsures de bêtes venimeuses et d’empoisonnements à la ciguë et à l’opium.

Du dernier origan, dit « vert », Dioscoride complète le tableau : maux de gorge, ulcérations buccales et douleurs auriculaires en sont justiciables. Hormis ces soi-disant qualités alexipharmaques, notre homme, il y a 2000 ans, avait déjà tout compris de l’origan. Par la suite, abordé par Columelle, l’origan se retrouve entre les mains de Pline qui fait état d’une antipathie entre cette plante et le chou, qui, lorsqu’il planté à proximité, se dessèche. L’on voit encore une indication intéressante au sujet de l’origan que l’on réduit à l’état de cataplasme de feuilles fraîches afin de soigner les plaies.

Puis vint le Moyen-Âge ! Macer Floridus, en tête, qui nous apprend que l’on « s’accorde à reconnaître à l’origan une force de chaleur et de siccité du troisième degré ». Rien de plus vrai ! Vous avez des doutes ? Bien, tentons l’expérience suivante : placez une seule goutte d’huile essentielle d’origan vulgaire sur le bout de votre langue. Ça brûle, n’est-ce pas ? En langage aromathérapeutique, l’on appelle cela la dermocausticité.

Mais Macer Floridus ne nous parle pas d’huile essentielle, bien plutôt de décoctions aqueuses et vineuses, de gargarismes, de cataplasmes, dans la plus pure tradition phytothérapeutique.

Comme nous l’avons dit plus haut, Dioscoride considérait l’origan comme contrepoison de la ciguë et de l’opium. Macer Floridus y ajoute l’aconit et d’autres poisons végétaux qu’il ne nomme pas. C’est peut-être cette aptitude de l’origan à chasser poisons et venins qui le fera employer pour écarter les sorcières et les démons au Moyen-Âge, expliquant aussi, probablement pourquoi l’on a voulu voir parmi les plantes de la litière de la Vierge Marie l’origan.

En effet, l’on dit que la couche de l’enfant Jésus était garnie de plantes protectrices dont on s’est inspiré pour en faire autant avec le lit des parturientes afin d’offrir protection tant aux mères qu’aux nouveau-nés, les préservant par-là du malheur. Puisqu’on aborde Marie, invoquons l’abbesse de Bingen. Le Dost, ainsi l’appelle-t-elle, Hildegarde le recommande dans les douleurs d’oreilles et de poitrine, les accès fébriles et, chose particulièrement pertinente, les maux de tête d’origine digestive. Cependant, elle se garde bien d’en faire un usage interne, accusant l’origan, par cette voie, de provoquer la lèpre, de faire enfler les poumons et de rendre malade le foie (ce en quoi elle n’a pas tort sur ce dernier point : l’on connaît la propriété hépatotoxique de l’huile essentielle d’origan).

Origanon et origanos étaient, durant l’Antiquité, des noms dont on affublait diverses plantes de la famille des Lamiacées, autant marjolaines, origans que sarriettes. D’après ces noms, l’origan est la plante qui embellit la montagne (oros) d’un radieux éclat (gonos). Il est vrai qu’il ne manque pas de charme.


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