Huile essentielle de Menthe poivrée

Dénomination latine :

  • Mentha piperita

Famille botanique :

  • Lamiaceae

Organes producteurs :

  • Parties aériennes

Propriétés :

  • Régulatrice et protectrice hépatique
    • Cholérétique et cholagogue, pancréato-stimulante (augmente la sécrétion de la bile et son excrétion, grâce à ces cétones fluidifiantes
    • Dépurative sanguine (élimine les radicaux libres, les déchets des thérapeutiques)
    • Inhibition des spasmes induits par l’acétylcholine, l’histamine, la sérotonine, de façon similaire à l’atropine
    • Réduction des spasmes du sphincter d’Oddi induits par la morphine
    • Réduction des spasmes du gros intestin, et facilite l’introduction du coloscope lors d’une coloscopie
  • Tonique et stimulante cérébrale, dynamisante (diminue la viscosité mentale)
  • Antalgique (utilisée en traitement topique, dans les douleurs diminuées par le froid ; l’H.E excite les récepteurs du froid et stimule un refroidissement par une action au niveau des canaux calciques)
  • Anti-infectieuse, bactéricide, virucide (antiamaryle), vermicide (citons l’activité bactériostatiques démontrée envers Salmonella enteredis et Listeria monocytogenes, notamment
  • Hormon-like, elle favorise les règles
  • Active sur le SNA, Ʃ +
  • Favorise la respiration métabolique cellulaire (comme toutes les menthes)
  • Négativante (électro-négative)
  • Effet vasculaire (induit une vasoconstriction artérielle qui augmente la tension artérielle et est utile dans la migraine
  • Cortison-like (si monoterpènes supérieurs à 10%)
  • Antiseptique, antifongique, activité sur Trichosporon ovoides, agent d’une mycose du cuir chevelu, anti-Helicobacter pylori, anti-herpétique sur HSV-1 et HSV-2 même résistants à l’acyclovir
  • Peut aider à réduire l’antibiorésistance en agissant sur la détection du quorum des bactéries ou « quorum sensing » (menthol)
  • Effet immunostimulant, augmente l’immunité innée et la réponse humorale
  • Sécrétolytique, décongestionnante nasale, astringente
  • Huile essentielle antimigraineuse (expérimentation positive avec 10 % d’alcool à 90° en applications locales au niveau des tempes)
  • Le menthol et l’huile essentielle de menthe possèdent une activité anti plasmidique considérable chez Escherichia coli

Indications :

  • Insuffisances hépato pancréatiques
  • Nausées, mal des transports
  • Maux de tête provenant d’une congestion locale (onctions légères sur les tempes)
  • Céphalées (réduction des symptômes)
  • Douleurs musculaires chez les sportifs notamment
  • Traitement topique d’appoint antiprurigineux (piqûres d’insectes)
  • Entre en synergie avec la majorité des autres huiles essentielles en infectiologie, intérêt potentiel sur les résistances bactériennes
  • Aérogastrie, hoquet (traitement de courte durée), l’usage de l’huile essentielle par inhalation dans les nausées post-opératoires demande des études supplémentaires
  • Lithiases urinaires
  • Migraines : application locale sur le front, le lobe des oreilles, les tempes et la nuque répété toutes les 5 minutes durant 15 minutes entraînerait une amélioration totale dans 95 % des cas

Précautions d’emploi :

  • À haute dose, la menthone est excito-stupéfiante et hypertensive
  • Peut entraîner céphalées, bradycardie, tremblements, ataxie, insomnies, spasme bronchique ainsi que spasme de la glotte et du larynx
  • Interactions médicamenteuses avec les remèdes homéopathiques
  • 2 g d’H.E de menthe poivrée peuvent conduire à l’abolition des réflexes et à une paralysie bulbaire
  • Allergie possible au menthol
  • Ne pas diffuser, ni mettre dans le bain
  • Interdite chez le nourrisson, peut être fatale !
  • Contre-indiquée chez la femme enceinte (abortive) ou allaitante et chez les enfants (risque de bronchospasme)
  • Réservée à l’adulte
  • Ne pas associer avec la cortisone (si monoterpènes supérieurs à 10%)
  • Quelques cas d’accidents mortels ont été rapportés per os
  • Prudence en cas de reflux gastro-œsophagien, de calculs biliaires ou de trouble hépato-pancréatique (per os)
  • Interactions médicamenteuses avec les huiles essentielles contenant des sesquiterpènes à plus de 10%
  • Risque de neurotoxicité pouvant induire des crises épileptiques à hautes doses
  • Prudence chez les personnes atteintes de maladies auto-immunes, épileptiques, asthmatiques, âgées ou atteintes de parkinson, ainsi qu’aux personnes neurosensibles
  • Ne pas utiliser chez les déficients en G6PD (glucose-6-phosphate-déshydrogénase), impliquée dans sa détoxication (risque de toxicité par accumulation) – (menthol)
  • Contre-indiquée en usage interne

Composants principaux majoritaires :

  • Monoterpénols : menthol (42%)
  • Cétones : menthone (20 à 30%)
  • Esters (11%) 
  • Monoterpènes (2 à 18%)

Un peu d’histoire :

Connue depuis l’Antiquité, elle fut décrite en 1696 pour la première fois, en Angleterre, et cultivée en Allemagne, puis en Hollande aux alentours de 1750.

La médecine grecque considère la menthe comme astringente, échauffante et dessiccative. Dioscoride (Ier siècle) pense qu’elle incite à l’amour et Hippocrate qu’elle est anaphrodisiaque à long terme. La médecine arabe la recommande en infusion dans les digestions difficiles, contre les douleurs de l’estomac, les hoquets, les vomissements, le manque d’appétit, les accouchements difficiles et les affections de la poitrine, et en cataplasme contre les abcès et les hémorroïdes. Aux XIXe siècle, Cazin relate ses deux effets majeurs sur le système digestif et nerveux : elle stimule le système digestif, lutte contre les spasmes, l’hystérie, les tremblements, les coliques utérines, la dysménorrhée et l’insomnie des femmes enceintes. Elle est aussi utile dans les crises de choléra. En application locale, elle soulage les engorgements laiteux des seins et l’alcoolat s’emploie en friction contre les douleurs musculaires et rhumatismales. En bain de bouche, la décoction de feuilles apaise les douleurs gingivales.

Avant toute chose, se rappeler des paroles du moine poète Strabon : « Mais si quelqu’un peut énumérer au complet, les vertus, les espèces et les noms de la menthe, qu’il sache, c’est nécessaire, ou combien nagent de poissons dans la mer Rouge, ou combien Vulcain fait voler dans les airs d’étincelles jaillies des vastes fournaises de l’Etna. »

Des traces de la culture, du moins de l’emploi de la menthe, remontent à près de 4000 ans. En Égypte, à Edfou, la découverte de caractères hiéroglyphique sur les murs d’un temple nous a permis de savoir que les Égyptiens employaient la menthe dans la fabrication d’un certain nombre de parfums liturgiques. Alors consacrée à Horus, on l’a également retrouvée sous forme de débris dans différents tombeaux.

Présente chez les Assyriens et les Babyloniens, c’est sans surprise qu’on la rencontre chez les Grecs où elle soignait angines et maux de ventre. Si Hippocrate et Aristote la déclarent anaphrodisiaque, Dioscoride affirme, lui, le contraire : elle est échauffante et incite aux plaisirs de l’amour. Les trois hommes parlent-ils de la même plante ? Cette différence dans l’opinion qu’ils en ont peut-elle s’expliquer par des propriétés spécifiques à plusieurs végétaux ? Notons, au passage, le peu de distinctions botaniques faites par les Anciens.

On parle de menthe cultivée (menta), de menthe sauvage (mentastrum) et de pouliot (pulegium, lequel a le mieux résister aux sévices du temps car n’ayant alors pas été classé parmi les menthes, mais désigné comme une espèce à part). Ce sont elles que l’on retrouve presque à l’identique dans le Capitulaire de Villis : mentamentastrumsisymbrium.

Pour comprendre d’où provient l’apparente dichotomie relatée par les Anciens à propos des qualités aphrodisiaques ou non de la menthe il faut plonger au cœur de la mythologie. Quand on évoque les divinités des panthéons grecs et romains, une structure de base se dégage assez souvent dès lors qu’on aborde le monde végétal : un dieu batifole avec une nymphe, son épouse la punie. C’est ce qui est arrivé à Myntha/Mynthe/Menta, une nymphe aimée/courtisée/surprise dans les bras de Hadès par Perséphone, son épouse. Cette dernière, de jalousie, transforma la jeune nymphe en pied de menthe, une plante sans graine, afin qu’elle ne puisse pas se reproduire. Parfois, il est dit que la menthe aurait été le produit de l’union charnelle d’Hadès et de Myntha que, de rage, Perséphone piétina. Haut en couleur, comme toujours.

Il est intéressant de constater que le conte mythologique affuble de stérilité la menthe. Cela est d’autant plus pertinent quand on sait que la menthe poivrée est un hybride. C’est ce qui explique le x que l’on trouve dans son nom latin, Mentha x piperita. Si la menthe mythologique ne se reproduit pas grâce à ses graines, elle s’hybride très facilement dans la nature (c’est ce qui rend, à juste titre, la botanique des menthes si complexe).

Aussi, ce que la menthe ne peut faire par la voie des airs, elle en bénéficie par voie souterraine à l’aide d’un astucieux système racinaire constitué de rhizomes traçants. C’est ainsi qu’elle se propage, à tel point parfois qu’il est très difficile de la déloger des endroits où elle élit domicile. D’où sa force et son invulnérabilité, caractéristiques soulignées par les piétinements vains de Perséphone.

La menthe poivrée condense la fraîcheur de Myntha et le côté poivré et masculin de Hadès qui, dit-on, trouva réconfort dans cette plante dont le parfum lui rappelait la nymphe dont il s’était épris. D’aucuns affirment que Perséphone opéra cette métamorphose afin que le parfum de la menthe dissimule l’odeur de brûlé que portait continuellement son mari… En cela, il est vrai qu’on a souvent qualifié la menthe du nom d’herbe à la mort, car on la faisait brûler dans les maisons mortuaires pour en chasser l’odeur des cadavres. Il est donc aussi question de persistance. Par exemple, dans certaines régions d’Italie, on fit de la menthe un gage de souvenir, sans doute par proximité entre menta et rammentare.

On a vu une similitude entre les mots menta et mentula. Ce dernier, dans le langage italien courant, désigne la verge de l’homme. On en revient donc à la qualité génésique de la menthe. Alors, cette menthe, est-elle vraiment aphrodisiaque ou non ? Nous l’avons dit, Hippocrate et Aristote pensaient que non, alors que Dioscoride qualifiait son hêduosmos d’aphrodisiaque. Pline l’ancien nous explique que, la menthe faisant cailler le lait, elle est à même, par analogie, de figer le sperme de l’homme dans ses conduits, et d’empêcher ainsi toute procréation.

Qu’elle fut plante de Vénus aurait dû le renseigner. En Rome impériale, on confectionnait des corona veneris (couronnes ou diadèmes de Vénus) composées de menthe. La tête de la mariée se devait d’en porter. On plaçait aussi des feuilles de menthe sur le sol de la chambre nuptiale afin d’encourager les époux dans leurs ardeurs amoureuses.

Venons-en maintenant, à propos de la menthe, à une équivoque de langage. La proximité entre les termes menta et mentula a pu faire dire que la menthe entretenait un rapport avec le verbe mentir. Menteuse comme la menthe, est-il dit. Comme il l’a fait avec tant de bassesse avec les animaux, il n’y a guère que l’homme pour projeter sur une plante l’ombre d’une caractéristique que n’appartient qu’à lui… Faire de la menthe une plante du mensonge, par simplicité orthographique, c’est osé et c’est, en soi, assez déraisonnable. Il est, selon toute apparence, aisé de faire une relation entre menthe et mentir. Ce dernier mot tire son origine de racines gréco-latines, alors que le mot menthe, provient d’une langue non indo-européenne. Aussi, raccorder cette charrette-ci avec ce cheval-là me semble quelque peu spécieux.

Le Moyen-Âge, qu’on se rassure, n’aura pas retenu les pires indications de l’Antiquité à propos de la menthe. Dans son Physica, Hildegarde de Bingen mentionne quatre menthes différentes : la petite menthe, la grande menthe, la menthe d’eau et la menthe romaine. Difficile de savoir si, parmi ces quatre dénominations, se cache la menthe poivrée. Cependant, dans l’ensemble, Hildegarde note des qualités antitussives, expectorantes, mucolytiques et digestives. La menthe aurait aussi un pouvoir contre la folie. On a vite fait d’elle une panacée médiévale, comme la sauge, propre à faciliter le travail du cerveau et à éveiller l’esprit. Un peu plus tard, Matthiole affirmera à nouveau les qualités aphrodisiaques de la menthe, tandis que Lémery, fin observateur, indiquera que les menthes sont aptes à « fortifier le cerveau, le cœur, l’estomac ; elles chassent les vents, elles excitent l’appétit, elles aident à la respiration, elles tuent les vers… ».

En toute fin de XVIIe siècle, un Anglais du nom de John Ray est alerté à propos d’un spécimen particulier apparu au beau milieu d’un champ de menthe verte, près de Mitcham. Cette découverte ayant suscité sa curiosité, il entreprend de décrire cette « nouvelle » plante en 1696. Bien qu’estampillée Mentha x piperita par Linné en 1753, Ray lui donne, dès 1704, le nom de Mentha palustris afin de la différencier de ses consœurs. Il la considère comme bien supérieure par ses propriétés et effets que la plupart des autres menthes connues pour le traitement des troubles digestifs. Au milieu des années 1700, la culture de celle que l’on qualifiera désormais de menthe anglaise ou de peppermint se développe en Angleterre, mais aussi en Hollande et en Allemagne.

Cet individu est donc à l’origine des menthes poivrées que l’on cultive encore aujourd’hui en Angleterre (la variété rubescens Mitcham qui, comme son nom l’indique, possède des tiges rougeâtres et des inflorescences de couleur quasiment semblable) et en France (la variété pallescens aux fleurs blanchâtres). On la cultive aussi dans bien d’autres pays tels que la Chine, l’Égypte, l’Inde, l’Italie, les États-Unis, la Russie, le Japon… Et gageons d’avoir affaire, ici ou là, à des huiles essentielles de menthe poivrée assez dissemblables mais rappelant, les unes et les autres, l’antique conte mythologique.

Si l’on trouve trace de la menthe dès l’Égypte ancienne, son utilisation médicale est récente. Au XVIIe siècle, elle a fait l’objet d’une hybridation entre les trois menthes connues jusque-là (M. aquatica, M. longifolia et M. rotundifolia).


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