Huile essentielle de Fenouil amer

Dénomination latine :

  • Foeniculum vulgare var. vulgare

Famille botanique :

  • Apiaceae

Organes producteurs :

  • Parties aériennes fructifiée

Propriétés :

  • Antispamodique
    • N°3 du spasme, après Ocinum basilicum et Artemisia dracunculus
    • Antispasmodique neuromusculaire, modificatrice réflexe du SNC et de la moelle épinière, d’où résolution musculaire et analgésie, stupéfiante légère, psychoactive, antalgique (réduit le spasme induit par l’acétylcholine ou le carbacol, tout comme l’atropine)
  • Anti-inflammatoire
  • Stomachique, tonique apéritive (↑ légère des sécrétions digestives)
  • Carminative
  • Cholérétique et cholagogue
  • Anti-infectieuse (effet antimicrobien contre Escherichia coli, Staphylocoque doré, Streptococcus pyogenes)
  • Diurétique, décongestionnante du petit bassin
  • Œstrogèn-like, par analogie avec le diethylstilbestrol
  • Emménagogue
  • Lipolytique et antihyperlipidique (frenchone)
  • Mucolytique et expectorant (la frenchone et l’anéthole stimulent in vivo le volume de mucus bronchique excrété et réduisent la production de sécrétions bronchiques)
  • Sédative du SNA (trans-anétole)
  • Cortison-like, stimulante de l’axe hypophyso-corticosurrénalien, intéressante dans les états inflammatoires prolongés
  • Lymphotonique et décongestionnante (α-pinène)
  • Anxiolytique
  • Tonique nerveuse, respiratoire et cardiaque
  • Dépurative, eupeptique
  • Hépatoprotectrice
  • Antifongique (dermatophytes Trichophyton rubrum, Trichophyton tonsurans, Microsporum gypseum, Trichophyton mentagrophytes)
  • Antioxydante, comparable au tocophérol
  • Antithrombotique, activité antiplaquettaire à large spectre, et action vasorelaxante (anéthole)
  • Acaricide

Indications :

  • Dyspepsies
  • Gastralgies
  • Indigestion
  • Aérophagie
  • Colites spasmodiques
  • Aménorrhées et oligoménorrhées
  • Dysménorrhées
  • Galactagogue (allaitement maternel insuffisant) – Préférez cependant la plante et non l’huile essentielle
  • Règles douloureuses et irrégulières
  • Expectorante dans la toux et les refroidissements
  • Utilisée en phase pré-ovulatoire ou pour faciliter l’accouchement
  • Symptômes de pré ménopause et ménopause
  • Spasmes neuromusculaires, lumbago, rhumatisme
  • Bronchite, toux spastiques
  • Hoquet, nausée, flatulence, anorexie
  • Stress, asthénie nerveuse

Précautions d’emploi :

  • Contre-indiquée chez la femme enceinte (abortive) ou allaitante
  • Prudence dans les pathologies hormonodépendantes ; ne pas associer avec un traitement œstrogéniques (y compris les œstroprogestatifs)
  • Risque de neurotoxicité pouvant induire des crises épileptiques à hautes doses
  • Ne pas associer avec la cortisone, risque d’interaction médicamenteuse
  • Dermocausticité, ne pas employer à l’état pur, dilution requise
  • Inhibitrice du cytochrome P450, risque d’interactions médicamenteuses
  • Risque de cancérogénicité au long cours (α-pinène)
  • Prudence chez les personnes atteintes de maladies auto-immunes, épileptiques, asthmatiques, âgées ou atteintes de parkinson, ainsi qu’aux personnes neurosensibles
  • Sauf si le taux de cétones est inférieur à 5% :
    • Ne pas diffuser, ni inhaler, ni mettre dans le bain
    • Ne pas avaler
    • Usage cutané seul préconisé
    • Interdite en usage interne
    • Contre-indiquée chez l’enfant non pubère
  • Réservée à l’adulte
  • Interactions médicamenteuses avec les huiles essentielles contenant des sesquiterpènes à plus de 10 %
  • Prudence en cas d’hypothyroïdie
  • Éviter l’association avec les anticoagulants ou antiagrégants
  • Interdite chez les animaux

Composants principaux majoritaires : 

  • Ethers (40-70%) : trans anéthole (40 à 70%)
  • Monoterpènes : α-pinène (13-15%)
  • Cétones (2-10%) : frenchone

Un peu d’histoire :

Connu depuis les Egyptiens (3000 ans av. J.-C), cité et très utilisé par les Grecs, les Arabes et les Chinois, le fenouil figure également dans les livres décrivant les « herbes aromatiques » du Moyen Âge. Cette plante a longtemps été considérée comme panacée « apte à nettoyer l’organisme »…

La renommée du fenouil est universelle : la médecine ayurvédique indienne le nomme shatapushpa, la Médecine chinoise xiao hue xiang.

Une tradition pratiquée au Moyen Âge veut que l’on suspende du fenouil aux portes de sa maison, la nuit de la Saint-Jean, pour éloigner les démons et esprits malins; les graines séchées du fenouil étant par ailleurs introduites dans les trous des serrures pour faire obstacle aux esprits errants…

Charlemagne en était un gros consommateur pour faire passer ses repas pléthoriques… et « ne point grossir » : c’est lui qui en développa la culture à grande échelle.

L’huile essentielle de fenouil a été utilisée comme remède dès le XVIe siècle.

Connu dès la Haute-Antiquité, le fenouil est mentionné dans les papyrus de l’Egypte ancienne et dans les traités de médecines chinoise et indienne. Les Grecs le considéraient comme galactogène, stomachique, emménagogue et diurétique. Cultivé dans les jardins des monastères, son usage se répand en Europe au Moyen-Âge.

Depuis l’Antiquité, le fenouil a la réputation de soulager les douleurs dentaires, appliqué en pansement, puis en mastication à partir du Moyen Âge. En médecine vétérinaire, la poudre de fenouil est réputée galactogène, apéritive et digestive.

En aromathérapie, l’huile essentielle est connue comme remède dès le XVIe siècle. Valnet (XXe siècle) la recommande dans les affections digestives, flatulences, aérophagie, vomissements nerveux, l’inappétence et les parasitoses intestinales. Elle est traditionnellement utilisée comme digestive, antispasmodique et réputée aussi pour stimuler la production de lait maternel et lutter contre les symptômes de la ménopause.

Les jeunes feuilles et les fruits – « graines » – servent à aromatiser les plats. Les graines fournissent une huile essentielle anisée aromatique, très prisée dans la préparation des apéritifs comme le pastis, l’anisette ou l’ouzo grec.

Plante endémique du pourtour de la Mer méditerranée, il y a fort à faire et beaucoup à dire. Très anciennement employé, il fut même connu des Chinois et des Hindous, c’est dire l’étendue de son aire d’influence. En Égypte, des papyrus vieux de près de 5000 ans indiquent sa présence, de même que des tablettes mésopotamiennes (Babylone, Assyrie…).

Vue l’étendue de l’empire grec à une certaine époque, il n’est pas tellement étonnant de retrouver le fenouil au sein de la société grecque d’alors. On le rencontre chez Théophraste et Dioscoride sous le nom de marathron, en relation avec la localité où s’est déroulée la célèbre bataille de Marathon entre les Grecs et les Perses en 490 avant J.-C., marathon ne signifiant simplement que « champ de fenouil », endroit duquel Philippides se rendit à Athènes en courant afin d’annoncer la victoire des Grecs sur les Perses, puis mourir d’épuisement comme l’on sait. C’est pour cette raison que le fenouil symbolise la victoire et le succès. Et c’est peut-être pour cela que le fenouil est devenu la plante miraculeuse des athlètes grecs. En en mâchant les graines, les dieux du stade entendaient s’arroger force et longue vie.

Dès la Collection hippocratique, on peut considérer que les propriétés médicinales du fenouil deviennent pléthoriques. Dans ce traité, on trouve une indication pour lutter contre la stérilité (avec aneth, pin, garance et verveine) et une autre comme galactogène (c’est-à-dire favorisant la lactation chez la femme). Le fenouil aurait donc un rapport avec la fécondité. Mais c’est probablement Dioscoride qui fut le premier à établir les propriétés majeures du fenouil : emménagogue, galactogène, diurétique, utile aux néphrétiques et aux sujets souffrant d’affections vésicales (strangurie, lithiase).

Dans la Materia medica, il est aussi dit que le fenouil est efficace contre les nausées et les brûlures d’estomac, les morsures de chien et de serpent (« s’enduire de son suc prémunit de la morsure des serpents ») et surtout qu’il est un remède de choix contre les affections oculaires, une indication tenace qui lui collera à la peau pendant très longtemps : « L’on prépare utilement le suc exprimé des tiges et des feuilles pour les affections des yeux, par exemple pour éclaircir la vue ».

Pline, comme à son habitude, est dithyrambique à propos du fenouil. Mais, reprenant peu ou prou Dioscoride, nous n’allons pas mentionner de nouveau les indications du médecin grec, hormis celle qui vaudra au fenouil une réputation particulière. En effet, Pline nous parle d’une « thériaque » dans la composition de laquelle entre le fenouil. Elle serait, dit-il, « efficace contre tous les animaux venimeux, excepté l’aspic ». Mais, le plus curieux, à propos du fenouil et du serpent, est ceci : « Les serpents en mangent quand ils dépouillent leur vieille peau et s’éclaircissent la vue avec le suc. On comprit par là que pour l’homme aussi, c’était un excellent remède pour éclaircir la vue ». Mais aussi : « Le suc d’oignon, pris avec le suc de fenouil, agit merveilleusement contre la cataracte à ses débuts ». Pourquoi cette insistance ?

Comment les mues successives des serpents ont-elles pu faire en sorte qu’on déduise que le fenouil, soi-disant consommé par ces mêmes serpents, avait le pouvoir de renouveler la vue en faisant disparaître les taies cornéennes, comme si le fenouil avait la vertu de faire « muer » les yeux ! S’il est évident que le serpent est symbole de renouvellement et de rajeunissement, il paraît hasardeux de le lier au fenouil. Difficile d’y voir clair dans tout cela. Mais mon petit doigt me dit qu’une once de lumière peut provenir de la mythologie.

Prométhée « s’introduisit un jour dans l’Olympe avec l’aide d’Athéna, alluma une torche au char du Soleil et en détacha une braise qu’il introduisit dans la tige creuse d’un fenouil géant. Puis il s’enfuit et apporta ainsi le feu aux hommes » qui, tout comme nous, d’une obscure situation, parvinrent à la clarté de l’esprit. De là découle l’un des surnoms du fenouil : « fille du soleil ». Or, moins que le feu, le fenouil en est au moins le porte-flamme, et sans pour autant être un seul remède ophtalmique, le fenouil, quand on dit qu’il éclaircit la vue, rend claire la vision spirituelle que l’on peut avoir sur tel ou tel sujet ! Mais creusons davantage profondément (bien que dans le noir il n’y fait pas très clair, nous sommes maintenant, tout comme Prométhée, armés d’une lumineuse information à propos du fenouil, aussi, aucune crainte à avoir).

Le fenouil, nous dit-on, se plaît là où prospère la vigne. Le dieu grec Sabazios, dont l’emblème principal est le serpent, divinité à laquelle on rendait un culte, entretenait des mystères auxquels les adeptes se rendaient parés de peuplier blanc et de fenouil. Assimilé parfois à Dionysos, « dieu des visions extatiques », il partage, avec cette divinité plus connue, le fenouil. Dionysos est particulièrement associé à la vigne, mais, alors que vient le printemps, il se couronne de fenouil, ainsi que ceux qui lui rendent un culte, portant sur eux la plante « qui rend les yeux brillants ». J’ose espérer que le clin d’œil à Athéna n’aura pas échappé à votre sagacité. Bien qu’à ma connaissance le fenouil ne soit pas dédié à cette divinité, Athéna n’en porte pas moins comme emblème la chouette dont on n’ignore pas la vue perçante. Peut-être a-t-elle été jointe à Prométhée afin de renforcer le sens que l’on peut allouer au fragment mythologique évoqué plus haut.

En tout état de cause, l’explication selon laquelle le fenouil redonne la vue s’est perpétuée d’auteur à auteur, et ce bien après l’Antiquité. Galien reprend Dioscoride et, avec Columelle, mentionne l’usage alimentaire du fenouil qui était aussi convié, du moins sa graine, aux orgies romaines, comme digestif et carminatif.

Au IVe siècle après J.-C., Apulius Platonicus l’indiquait contre les douleurs vésicales, au siècle suivant, Aetius se contente là de copier Dioscoride, tandis que Marcellus Empiricus conseille « un vin de fenouil que l’on doit boire assis sur le seuil de sa porte » pour chasser la toux.

Au VIe siècle, Alexandre de Tralles semble bien connaître le fenouil puisqu’il le dit capable de guérir les affections suivantes : le hoquet, les coliques néphrétiques, les maux d’estomac, la podagre (la goutte), l’hydropisie, et, bien sûr, les troubles oculaires, ce en quoi Paul d’Egine (VIIe siècle) ne dérogera pas. À cette époque, on a déjà glissé dans le Moyen-Âge. Au temps des carolingiens, on constate la présence du fenouil dans les jardins impériaux, répandu plus au nord de l’Europe grâce aux bénédictins, et les capitulaires de Louis le Pieu et de Charlemagne se font fort d’en assurer et d’en faire respecter la culture. Il faut dire que Charlemagne, prenant exemple sur les bombances romaines, était, pour les embarras digestifs qu’elles provoquent, un gros consommateur de fenouil.

Une fois encore, le fenouil ne manquera pas à l’appel, chaque siècle aura son homme ou sa femme à même d’en faire l’éloge : Strabo, outre qu’il réaffirme les propriétés pectorales, digestives et galactogènes, indique aussi que le fenouil « guérit les yeux que déjà envahissent les ténèbres ». Avoir la vue claire, n’est-ce pas aussi être devin ?

Macer Floridus donne à son foeniculum les mêmes vertus que celles que l’Antiquité lui prêtait (soulignons que Macer Floridus s’inspire largement des écrits des anciens Grecs et Romains). C’est pourquoi, lorsqu’on le lit, on constate un effet de redondance : diurétique, galactogène, emménagogue, affections stomacales, antidote contre les venins et, bien entendu, ses qualités ophtalmiques : « Le suc de la graine verte, séché au soleil, est un spécifique excellent contre toutes les maladies des yeux ». Au XIIIe siècle, l’abbé Matthieu de Vendôme dira ceci à propos du fenouil : « Le riche fenouil se crispe en son parfum, avec lequel on castoie le mal spirituel ». Le verbe castoier a aujourd’hui le sens de châtier. Même si la signification de « se crisper » pose problème eu égard au contexte dans lequel ce verbe est inséré, cette phrase de l’abbé semble soulever les propriétés magiques du fenouil. En effet, le fenouil est bien connu comme chasseur de démons et d’esprits mauvais. À ce titre, on en suspendait des gerbes au-dessus des portes d’entrée des habitations, sous les toits, à la porte des granges afin de conjurer sortilèges et mauvais coups, en particulier à la veille de la Saint-Jean, en compagnie, entre autres, du millepertuis. On bouchait parfois même les trous de serrure de graines de fenouil comme protection.

Au XIIIe siècle, le fenouil est aussi abordé par Albert le Grand, puis par Konrad de Megenber au siècle suivant, et trouve, à cette époque, sa place au sein de très nombreux réceptuaires.
Mais, en ces temps médiévaux, la palme revient sans doute à Hildegarde de Bingen qui, à l’instar des phytothérapeutes modernes, a disséqué le fenouil en long, en large et en travers. Tonique, réconfortant et reconstituant, le Feniculum d’Hildegarde est un remède hépatique, digestif (embarras gastrique, maux d’estomac, atonie digestive, halitose) et pectoral (rhume, toux, douleurs poitrinaires, enrouement). En externe, elle l’emploie sur démangeaisons et ulcères, ainsi qu’en cas de maux de tête et de douleurs liées à l’accouchement. Mais, par-dessus tout, on retrouve, dans les écrits hildegardiens, cette indication du fenouil contre l’obscurcissement de la vue !

À la Renaissance, dès le XVIe siècle, on est davantage mesuré sur les propriétés et emplois du fenouil, dont l’huile essentielle devient un remède porté par les travaux de Jérôme de Brunschwig (1500) et de Jean-Baptiste Porta (1563).


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