Huile essentielle de Cèdre de l’Atlas

Dénomination latine :

  • Cedrus atlantica

Famille botanique :

  • Abietaceae

Organes producteurs :

  • Bois

Propriétés :

  • Circulation artérielle, régénération artérielle
  • Anti œdème, anticellulite (lipolytique) → l’atlantone favorise le déstockage des graisses des cellules adipocytes
  • Circulation lymphatique (lymphotonique)
  • Antidépressive
  • Anti-inflammatoire et anti-oxydante (réduit la libération des médiateurs de l’inflammation)
  • Antimicrobienne (antibactérienne, antivirale contre le virus de l’herpès)
  • Expectorante (atlantone)
  • Cicatrisante (atlantone)
  • Effet sur la circulation artérielle
  • Diurétique
  • Cicatrisante, astringente, tonique du cuir chevelu
  • Anti-moustiques, antimites (usage du bois de cèdre dans les armoires)
  • Antifongique vis-à-vis des champignons responsables de la pourriture du bois

Indications :

  • Athérosclérose
  • Affections cutanées : psoriasis, eczéma, acné, impétigo, démangeaisons
  • Cuir chevelu : excès de séborrhée, pellicules, tonique capillaire
  • Douleur articulaire
  • Infections respiratoires
  • Répellente contre les moustiques et les mites
  • Cellulite, hydrolipodystrophie
  • Dermatoses fongiques, parasitaires, eczémateuses
  • Applications locales dans les mycoses (mélangée avec d’autres H.E)

Précautions d’emploi :

  • E interdite à la vente publique, sauf en cas de préparations magistrales
  • Contre-indiquée chez la femme enceinte (abortive) ou allaitante
  • Réservée à l’adulte
  • Ne pas avaler !
  • Interdite chez les animaux
  • Contenant des cétones et des sesquiterpènes, risque d’auto toxicité par interactions moléculaires
  • Prudence chez les personnes atteintes de maladies auto-immunes, épileptiques, asthmatiques, âgées ou atteintes de parkinson, ainsi qu’aux personnes neurosensibles
  • Risque de neurotoxicité pouvant induire des crises épileptiques à hautes doses
  • Ne pas diffuser, ni inhaler, ni mettre dans le bain
  • Usage cutané seul préconisé
  • Interdite en usage interne

Composants principaux majoritaires :

  • Sesquiterpènes (50-85 %) : himachalène 70 %
  • Cétones (8-20 %) : delta-atlantone
  • Sesquiterpénols (1-30 %) : atlantol

Un peu d’histoire :

Les relations qui unissent l’homme au cèdre sont multimillénaires et d’une durée bien plus étendue que peut l’être la vie d’un cèdre. Peut-être existe-t-il encore un très vieux cèdre, témoin d’une époque encore plus reculée, qui sait ?

L’homme a très rapidement compris que plusieurs générations humaines naissaient, vivaient et mourraient, pendant qu’un seul cèdre faisait de même. Il semble si fort qu’il en est presque impérissable, et c’est d’autant plus vrai si l’on considère la seule vie d’un homme.

En effet, la Nature a doté le cèdre de qualités qui ont été remarquées par l’homme, mais en aucun cas attribuées par lui. Dire du cèdre qu’il est fort, c’est simplement constater sa pérennité (essence semper virens) et sa longévité (1000 à 2000 ans).

Ce sont des qualités intrinsèques mais néanmoins remarquables. Les Anciens ont observé le cèdre et fait mention de sa capacité à perdurer dans le temps. C’est ce qu’on lit dans le Livre des Morts : « Je suis oint de l’essence du cèdre, je suis incorruptible ». C’est-à-dire que je ne peux être corrompu, rompu, voire vermoulu, image adéquate dès lors qu’on parle d’un arbre comme le cèdre. En effet, cet arbre est imputrescible et inaltérable, en raison de la présence de certaines molécules dans son bois résistant de couleur rouge brun, ayant un effet répulsif sur la vermine (bactéries, parasites, moisissures…) et les insectes.

Sachant cela, on comprend fort bien pourquoi les Égyptiens antiques s’intéressèrent de près au cèdre, d’autant plus qu’il ne poussait pas en Égypte. Les Égyptiens étaient obsédés par l’idée d’éternité. On ne peut pas dire que la longévité du cèdre soit tombée dans l’oreille d’un sourd du côté des grandes pyramides.

Toujours vert, le cèdre eut, de facto, une relation avec le monde des morts. C’est donc sans trop d’étonnement qu’on apprend que les anciens Égyptiens employaient l’essence de cèdre pour favoriser l’embaumement des cadavres. Non seulement c’est un excellent agent de conservation mais, de plus, comme nous l’avons souligné, le cèdre écarte la vermine (les vers nécrophages), ce dont eurent en horreur les anciens Égyptiens.

Aussi n’y allèrent-ils pas de main morte. Ils fabriquèrent des cercueils dans du bois de cèdre – les fameux sarcophages à l’étymologie éloquente – pour des raisons similaires. La résine du cèdre étant symboliquement associée à l’or, cela ne pouvait que plaire aux Égyptiens dont l’une des divinités de leur panthéon – Osiris – entretient des liens très étroits avec le cèdre.

Après avoir été tué par Seth en Phénicie, le cadavre d’Osiris fut déposé dans un cercueil en bois de cèdre, parce qu’impérissable. « Il existe dans les textes des pyramides un vieux mot qui signifie gémir et qui est manifestement dérivé du mot âsh, ‘cèdre’ et ce mot est toujours appliqué à Osiris ».

Or, le cèdre « aurait été rapporté de Phénicie par les premiers voyageurs égyptiens qui entendirent dans le bruit du vent parcourant les forêts de cèdres une sorte de plainte, laquelle aurait été attribuée à Osiris enfermé, d’après la légende, dans le tronc d’un cèdre ».

« Chaque arbre fabriquant un bois d’une structure et d’une densité particulières va posséder une voix unique, une identité sonore. Ainsi, le chêne dense et nerveux grince comme un vieillard grognon, alors que le cèdre du Liban, au bois tendre et au grain fin, se met plus facilement en résonance et produit des sons doux et mélodieux ». Est-ce cela, la plainte d’Osiris ?

Lorsqu’on se penche sur les rituels funéraires de l’ancienne Égypte, on constate qu’on identifie un mort à une plante ou à un arbre, afin qu’il puisse bénéficier au mieux des forces régénérantes du végétal en question. Associer le cèdre à Osiris – une divinité qui incarne le renouveau de la vie végétative – ne tient strictement rien du hasard. C’est de l’ordre de la perfection. Le cèdre oraculaire nous renseigne encore mieux sur l’unité cèdre/Osiris.

Il était de coutume de couper et d’évider un arbre. Puis on plaçait dans le creux ainsi constitué une représentation du dieu, à l’image du corps au sein du sarcophage en bois de cèdre. On mettait ensuite le feu à l’ensemble, l’immolation unissant à la fois la divinité et l’instrument du sacrifice.

Le cèdre, comme l’écrivit Alphonse de Lamartine en 1833, est « un être divin sous la forme d’un arbre », il est chez lui question d’intégrité (ou d’entièreté). Et s’il n’en est pas un, du moins est-il l’intercesseur de l’homme auprès du monde divin : le cèdre du Liban, étant un arbre d’altitude, se prête bien au rôle qu’on lui voit jouer dans L’épopée de Gilgamesh : « Je fis une offrande sur le sommet de la montagne […]. Les dieux en respirèrent l’odeur, les dieux en sentir l’agréable odeur ».

Cèdre, cedrus, kedron. Cela en appelle à la force, une force bienveillante à l’épreuve du temps qui passe. Or, un cèdre, qui plus est de l’Atlas, possède et met en œuvre de manière exponentielle cette force. Atlas, celui qui porte sans faillir le monde sur ses épaules, est également le terme qui désigne le monde dans son intégralité.

Il semble exister une filiation entre Osiris, Adam et Jésus à propos du cèdre. Pour mieux comprendre l’essence biblique qu’est cet arbre, il est bon de revenir un peu aux temps des anciens Égyptiens. C’est Seth, le meurtrier d’Osiris, qui remit à Adam trois graines célestes que ce dernier plaça dans sa bouche. Du corps d’Adam, trois arbres naquirent : un cyprès, un pin et un cèdre. S’entrelaçant, ils ne formèrent plus qu’un (cela rappelle l’unité réalisée en plaçant une image d’Osiris au creux d’un cèdre).

C’est de cet arbre que Moïse détacha la baguette qui lui permit de faire jaillir l’eau du rocher dans la vallée de l’Hébron. Concernant la croix christique, la version la plus répandue nous dit qu’elle était constituée de quatre bois différents : le cyprès (deuil), le cèdre (incorruptibilité), le pin (résurrection) et l’olivier (onction et consécration).

« Le cèdre qui attire la foudre fournit le bois à la croix et allume le feu générateur et régénérateur ; le cèdre, l’arbre d’Adam, l’arbre phallique, l’arbre anthropogonique, sauve encore une fois le monde par la croix qui vient ranimer la vie parmi les hommes. L’arbre d’Adam et l’arbre phallique, Adam et le cèdre anthropogonique, ne font qu’un ».

Ceci explique sans doute les représentations christiques au cœur du cèdre que l’on rencontre parfois, le Christ et Osiris ayant été sacrifiés, il me semble, pour des raisons assez similaires.

Cette idée d’incorruptibilité sera ensuite reprise par Pline dans son Histoire naturelle, copiant Dioscoride au sujet de la résine du cèdre : « Cette résine a la puissance de corrompre les corps qui sont en vie et de préserver les corps morts. Et par cela, elle est appelée par d’aucuns la vie des morts. Elle corrompt les vêtements et les peaux par son excessive chaleur et siccité ».

Quant à Hildegarde de Bingen, qui utilise le cèdre (De cedro) dans des affections accompagnées de putréfaction (par analogie), elle rapporte des indications qui font curieusement songer à ce que disait Dioscoride (peut-être l’a-t-elle lu ?) : il ne faut pas abuser du cèdre quand on est bien portant, sans quoi la force et la dureté de l’arbre s’imprime dans l’homme.

Enfin, anecdote très utile pour enchaîner sur la suite de notre propos, Origène, chrétien d’Égypte né à Alexandrie dira : « le cèdre ne pourri pas ; faire de cèdre les poutres de nos demeures, c’est préserver l’âme de la corruption ». Comment ne pas faire ici appel à l’histoire biblique, puisque le cèdre est aussi particulièrement connu grâce au rôle qu’il a joué dans l’élévation du premier temple de Jérusalem en 976 avant. J.-C.

« J’ai résolu de bâtir une maison au nom de l’Éternel, mon Dieu », déclame Salomon dans le Premier livre des Rois. « C’est pourquoi commande de maintenant couper des cèdres du Liban ». Ainsi s’adresse-t-il au roi du Liban Hiram qui lui fait réponse : le marché est conclu, il lui fera parvenir, par voie maritime, autant de cèdres que nécessaires (on évoque le chiffre de 1000) en échange d’un tribut annuel d’huile et de froment.

Il fallait bien cela pour donner grandeur et noblesse à ce temple. « Il bâtit donc la maison, et il l’acheva, et il couvrit la maison de lambris en voûte et de poutres de cèdre […]. Et il bâtit les étages, joignant toute la maison, chacun de cinq coudées de haut, et ils tenaient à la maison par le moyen des bois de cèdre […]. Il lambrissa les murailles de la maison par dedans, de planches de cèdre depuis le sol de la maison jusqu’à la voûte lambrissée, il les couvrit de bois par dedans et il couvrit le sol de la maison de planches de sapin […]. Il lambrissa aussi l’espace de vingt coudées de planches de cèdre, au fond de la maison, depuis le sol jusqu’au haut des murailles, et il lambrissa cet espace au dedans pour l’oracle, savoir le lieu très saint […]. Et les planches de cèdre, qui étaient pour le dedans de la maison, étaient entaillées de boutons de fleurs épanouies, relevées en bosse ; tout le dedans était de cèdre ; on n’y voyait pas une pierre ». Après quoi, Salomon entreprend de recouvrir tout l’intérieur de la maison d’or fin, jusqu’à l’autel qui était, lui aussi, fait de cèdre, puis de poursuivre son œuvre qui dura, au juste, sept années entières.

Pour appuyer les symboliques du cèdre (immortalité, pérennité, incorruptibilité…), on est même allé jusqu’à affirmer que les actuels cèdres libanais sont contemporains du temps de Salomon. C’est pousser la prétention un peu loin. D’autant que les commandes passées par Salomon faillirent bien avoir raison de lui.

Les Phéniciens, qui en détenaient le monopole, ne livrèrent pas qu’en direction de Jérusalem, puisque l’histoire nous apprend que les Égyptiens, très friands du bois et de la résine de cèdre en importaient massivement pour le destiner à la construction de palais, de bateaux, de meubles, de sarcophages, à la décoration et à l’art statuaire.

Ce marché lucratif fournissait également la construction navale mésopotamienne, et c’est par l’importation de ce bois que la ville de Persépolis, sous Darius 1er, prit son essor. Il n’est pas étonnant que cette demande longtemps répétée ait largement participé à la destruction prématurée de cette forêt originelle, tant et si bien qu’en 125 après J.-C., l’empereur Hadrien ne pût que constater la quasi disparition du cèdre du Liban.

« Il classa dans le domaine impérial les derniers spécimens, devenus désormais intouchables. Première mesure connue, dans l’histoire, de la protection de la nature ! ». C’est ainsi, l’existence même, son développement et son maintien, ne peut se concevoir sans la destruction qui lui est concomitante. En effet, « pour se développer, les épisodes civilisateurs successifs se nourrirent des cèdres qui régressèrent jusqu’à quasi épuisement ».

L’on peut argumenter en défaveur de ces antiques civilisations, mais la prise de conscience écologique n’y était pas encore d’actualité. Contrairement à eux, l’on pût constater avec effroi les effets dévastateurs d’une déforestation massive et d’un surpâturage excessif en France durant le XIXe siècle (cette même France qui donne bien des leçons mais les applique assez peu souvent…), avant que de voir se mettre en place les premières lois en faveur d’une politique de reboisement (1860, 1864, 1882, 1913, etc.).

Et cet arbre que l’on a tant coupé il y a 2000 ans dans les territoires de l’est méditerranéen vit l’un de ses cousins, le cèdre de l’Atlas, être convié aux efforts de reforestation qui furent décidés dès le début des années 1860 : c’est grâce à sa croissance rapide que l’on peut aujourd’hui admirer les zones forestières du Lubéron et du mont Ventoux reboisées grâce à son concours, ainsi que la forêt du mont Aigoual, dans les Cévennes, œuvre de toute une vie que l’on doit à l’ingénieur forestier Georges Fabre (1844-1911).

Avec tout cela, on en oublierait presque que le cèdre intégra la matière médicale il y a déjà fort longtemps, à une époque où la médecine était encore pétrie de mystères et d’ésotérisme.

Nous ne répertorierons pas tout et jetterons simplement un regard sur quelques pratiques médicales qui eurent cours il y a environ 2000 ans, ce qui peut nous apporter une vision alternative sur ce que nous connaissons du cèdre, nous autres Occidentaux, à savoir son huile essentielle qui, à elle seule, n’est pas capable d’exprimer la longue histoire thérapeutique du cèdre.

Chez les Grecs, du temps de Théophraste par exemple, on remarque que le fruit du cèdre est comestible et qu’il est parfumé, fragrance dont Cléopâtre fut, semble-t-il, friande si l’on en croit le Kosmètikon qu’habituellement on lui attribue : le cèdre y est décrit comme aromatique, substance pigmentaire et curative, et son huile, maintes fois abordée à travers cet antique réceptuaire, s’accompagne très souvent de celles d’olive, de laurier, de safran, de myrte ou encore de sésame.

Sensible à l’implication cosmétique des extraits végétaux, Cléopâtre relate une recette destinée à favoriser la croissance des cheveux, le cèdre étant encore de nos jours fort réputés sur la question capillaire.

À ce sujet, Galien apporte des détails sur la manière d’opérer : il conseille aux femmes, « de s’enduire 3 ou 4 heures avant le bain, puis de se laver et de répéter cette opération 4 ou 5 jours. Cela ne fait pas de mal, et en outre c’est utile pour celles qui perdent facilement leurs cheveux sous l’effet du froid [nda : alopécie hivernale ?], puisque la kédrie est un produit échauffant […]. De plus, ce produit corrige la chute des cheveux et fortifient ceux qui ne tombent pas ».

Au siècle suivant, Serenus Sammonicus ajoute quelques informations supplémentaires sur ce point, puisqu’il recommande le cèdre pour faire face aux pellicules : « Grâce à ce remède, on n’aura plus à craindre de voir une nuée farineuse s’amonceler sur sa tête, et se résoudre en une pluie lourde et serrée de crasse ».

Jetons un œil sur le panorama thérapeutique que dépeint Dioscoride au sujet de cet arbre dont le libanais avait la préférence de beaucoup de praticiens il y a deux millénaires. C’est tout d’abord un remède que l’on exploite presque exclusivement pour sa résine, plus rarement pour son cône. Il intervient auprès des yeux, des oreilles (vermine, tintements), des dents et de la gorge, en ce qui concerne la partie supérieure du corps. Il agit aussi sur l’appareil respiratoire (toux, spasmes pulmonaires) et gastro-intestinal, étant considéré comme vermifuge. Mais il a surtout une vertu sur la sphère gynécologique (en cas de fausse couche, il permet l’expulsion du fœtus mort et provoque le flux menstruel) et génitale, du moins chez l’homme : « Si on en oint le membre de la génération, avant d’avoir une compagnie propre à ses effets, cette résine empêche d’engendrer ».

C’est enfin une substance utilisée en médecine vétérinaire contre la rogne (gale invétérée) du chien et du bœuf. De plus, elle tue la vermine qui incommode les animaux et cicatrise les ulcères qui peuvent se produire à la surface de leur peau.

Enfin, dernier point, si la résine du cèdre protège des animaux des méfaits de certaines maladies, elle peut secourir l’homme face à d’autres : c’est le cas du venin de la céraste, serpent de la famille des vipères, et du lièvre de mer (ou aplysie), assez gros mollusque gastéropode marin dont la venimosité est connue depuis cette époque, relatée également par Pline et Plutarque.


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