Toxicité et contre-indications des huiles essentielles

L’utilisation des H.E s’accompagne de nombreuses précautions car une manipulation mal maîtrisée peut s’avérer néfaste voire dangereuse. La plupart des composés d’une H.E sont lipophiles (ils se dissolvent dans un corps gras), et sont donc rapidement absorbés quelle que soit la voie d’administration. Plusieurs facteurs jouent un rôle dans la nocivité d’une H.E comme la teneur en molécules toxiques, la manière d’appliquer l’H.E, le dosage ou encore la durée de l’application. Il convient donc de tester une H.E avant toute utilisation, en appliquant une goutte dans le pli du coude pour visualiser une éventuelle réaction allergique (rougeur, picotement, etc.). De plus, il convient de ne jamais appliquer une H.E pure sur les muqueuses (nez, yeux, etc.). Ce type d’application nécessite une dilution systématique appropriée de l’H.E.

Capture

Il existe plusieurs types de toxicités :

  • La toxicité aiguë se manifeste dans les minutes qui suivent l’administration d’une H.E
  • La toxicité à court terme survient entre quelques jours et quelques semaines après l’administration
  • La toxicité à moyen terme apparaît entre le 3ème et le 12ème mois d’utilisation
  • La toxicité à long terme ne se manifeste qu’après plusieurs années d’utilisation

La DL50 (Dose Létale 50) permet d’évaluer la toxicité aiguë d’une H.E administrée par voie orale. La DL50 se définit par la dose d’H.E capable de tuer 50% d’une population donnée dans des conditions expérimentales définies. Elle s’exprime en masse de substance active (gramme) par masse d’individu (Kg). Ainsi, plus la DL50 est faible, plus la substance testée s’avère toxique.

Voici quelques exemples de DL50 :

  • DL50 < 1g/Kg : H.E de Boldo, Chénopode, Thuya, Moutarde, etc. (Très toxiques)
  • 1g/Kg < DL50 < 2g/Kg : H.E de Basilic, Estragon, Hysope, Origan, etc. (Assez toxiques)
  • 2g/Kg < DL50 < 5g/Kg : H.E d’Anis vert, Eucalyptus, Girofle, etc. (Toxiques)
  • DL50 > 5g/Kg : H.E de Camomille, Citronnelle, Lavande, etc. (Peu toxiques)

Les H.E provoquent des effets délétères sur plusieurs organes. Comme pour un médicament, il convient donc d’établir, pour chaque H.E un équilibre entre les bénéfices et les risques qui doivent aussi être envisagés en fonction du sujet. En effet, les sujets les plus à risque sont les bébés et les jeunes enfants, les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes âgées et les personnes asthmatiques ou encore épileptiques.

NEUROTOXICITE :

Le système nerveux représente une cible pour les H.E contenant des cétones et/ou des lactones. La neurotoxicité des cétones s’explique par leur forte affinité pour les lipides. En effet, les molécules neurotoxiques seraient capables de traverser la barrière hémato-encéphalique (membrane permettant d’éviter le passage de certains toxiques comme les bactéries et les toxines au niveau du système nerveux central) avant d’exercer leur action lipolytique (l’action de dissoudre les graisses) sur les gaines de myéline (enveloppe qui protège les neurones), ce qui signifie que les molécules neurotoxiques sont capables de détruire les neurones provoquant ainsi un dysfonctionnement électrique avec excitation, puis dépression neuronale pouvant aller jusqu’au coma. D’autre part, certaines d’entre elles présentent un risque abortif (risque de fausse couche) ou altérer la croissance neuronale du fœtus par passage de la barrière placentaire. Concernant les H.E d’Armoise, de Persil, d’Hysope officinal ou encore de Thuya, le risque de convulsions apparaît pour des doses équivalentes à une demi-cuillère à café d’H.E pour un adulte.

DERMOCAUSTICITE :

Les H.E riches en phénols et aldéhydes agressent particulièrement la peau. Selon les cas, cela va de la simple irritation cutanée à une véritable nécrose avec destruction tissulaire. C’est le cas de l’H.E de Moutarde (soumise à restriction qui fait partie de la liste noire des H.E) qui provoque des brûlures de la peau avec apparition de vésicules. A doses plus conséquentes, elle finit par engendrer la nécrose des tissus. Les H.E susceptibles de provoquer cette nécrose subissent une réglementation de vente en France. Une dilution préalable de ces huiles reste indispensable quel que soit le mode d’administration. De plus, l’application de ces H.E reste à éviter sur une peau sensible. Le choix des vecteurs des H.E est également très important. Certains vecteurs comme l’alcool ou certains ingrédients et conservateurs de produits cosmétiques peuvent en effet engendrer une sensibilisation.

HEPATOTOXICITE :

Les H.E riches en phénols et aldéhydes possèdent également une toxicité pour le foie lors d’une exposition prolongée et à fortes doses (soit une dose de 0.5 à 1g / jour pendant plus de 15 jours). D’autre part, des études ont montré qu’une administration prolongée d’H.E de Fenouil modifie la couleur des tissus hépatiques. L’administration de ces huiles par voie orale est contre-indiquée chez la femme enceinte, l’enfant de moins de 10 ans, ainsi qu’aux personnes souffrant de troubles hépatiques. Dans tous les cas, un traitement de courte durée et à faible dose reste à privilégier. L’association avec une H.E hépato-protectrice (H.E de citron ou de carotte par exemple) s’avère souvent utile.

NEPHROTOXICITE :

Prises par voie orale, les H.E riches en monoterpènes (hydrocarbures monoterpéniques) peuvent enflammer et dégrader à terme les néphrons (unités fonctionnelles du rein). Ces H.E stimulent en effet fortement les cellules rénales, engendrant parfois une inflammation des reins. Les personnes souffrant d’insuffisance rénale devront donc les manipuler avec précaution.

PHOTOSENSIBILITE :

La phototoxicité se définit comme une irritation en liaison avec la lumière, consécutive à la pénétration percutanée d’une substance activée par la lumière. Certaines H.E, notamment celles contenant des coumarines, engendrent des réactions cutanées lors d’une exposition solaire survenant après l’application de ces H.E. Le risque est moindre, mais également possible après administration de ces H.E per os (par voie orale). Les réactions cutanées vont du simple érythème à des atteintes cutanées susceptibles de favoriser la carcinogénèse (mutation de cellules saines en cellules cancéreuses) et l’accélération de la mélanogénèse (pigmentation de la peau). Selon le choix de vecteur utilisé, le risque de photosensibilité peut augmenter : c’est le cas de l’alcool qui amplifie la réaction de brûlure. L’utilisation de ces huiles nécessite donc quelques précautions : privilégier l’application le soir, éviter toute exposition solaire dans les 6 heures après l’application de l’H.E. Toutes les H.E sont susceptibles de provoquer des irritations de la peau ou des allergies. Les personnes fragiles et prédisposées devront donc faire preuve d’une vigilance extrême lors de l’application d’une H.E.

EFFET HORMONE – LIKE :

Les H.E riches en sesquiterpènes possèdent une structure moléculaire proche des hormones naturelles produites par le corps humain telles que les œstrogènes, la progestérone, la cortisone, etc. Elles miment ainsi l’activité de ces hormones, d’où le terme « hormone – like ». Les femmes enceintes, les enfants, ainsi que les personnes souffrant de pathologies ou de cancers ou antécédents hormono-dépendants (mastose, fibrose, fibrome, cancer de la prostate, etc.  → pour les œstrogène-like) ne doivent pas utiliser ces H.E.

CARCINOGENICITE :

Certaines substances comme la béta-asarone, le safrole ou encore le dilhyfrosafrole présents dans certaines épices comme la cannelle, la noix de muscade, ou encore le poivre noir, semblent être à l’origine de carcinomes hépatiques (cancer des cellules du foie) selon une étude effectuée chez les rats. Les H.E riches en ces composés font actuellement l’objet d’une surveillance stricte dans le domaine alimentaire. Par exemple, les doses maximales autorisées de béta-asarone sont comprises entre 0.1 et 1mg/Kg d’aliment ou de boisson. Les risques chez l’homme seraient néanmoins plus faibles que chez les rats.

Conclusion :

L’aromathérapie n’est pas une thérapeutique anodine. Son utilisation nécessite de nombreuses précautions d’emploi. Les accidents plus ou moins graves qui se sont multipliés ces dernières années avec la vulgarisation grandissante des huiles essentielles ont posé le problème de la formation du public qui peut se procurer ces substances en vente libre et directe. Si certaines huiles comme la lavande ou le tea tree présentent un seuil de toxicité relativement faible, d’autres peuvent contenir des substances plus toxiques et plus nocives.

Voici quelques bases pour le conseil en officine de l’aromathérapie :

  • En cas d’allergie ou d’antécédent d’épilepsie, demandez un avis médical avant de proposer le recours aux H.E
  • Ne pas conseiller les H.E en inhalation chez les personnes asthmatiques ou allergiques
  • Ne pas conseiller d’avaler les H.E pures : Elles peuvent brûler les muqueuses oropharyngées
  • Ne pas conseiller d’appliquer d’H.E pures dans le nez, le conduit auditif et sur les zones anogénitales mais toujours diluées à une concentration maximale de 3 %
  • Conseiller de bien se laver les mains après avoir touché une H.E ou une préparation en contenant pour éviter un contact accidentel avec les yeux
  • Conseiller de respecter strictement les voies d’administration, les doses prescrites et les contre-indications propres à certaines H.E
  • Ne jamais conseiller ni appliquer chez l’enfant de moins de 12 ans, l’H.E de menthe poivrée sur la peau (risque de spasme laryngé), ni chez l’adulte sur une grande surface car elle provoque une sensation glacée avec vasoconstriction

 

Quelques conseils lors d’une intoxication :

  • En cas d’application trop importante sur la peau ou les muqueuses : conseiller d’éliminer l’excédent à l’aide d’un linge puis appliquer une quantité importante d’huile végétale
  • En cas d’ingestion massive et /ou accidentelle d’une H.E : conseiller d’avaler une quantité importante d’huile végétale alimentaire puis appeler le centre antipoison de la région
  • En cas de projection d’H.E dans l’œil : conseiller de rincer abondamment sous l’eau fraîche puis appliquer de l’huile végétale à l’aide d’un coton imprégné et envoyer le sujet vers les services d’urgence
  • En cas d’intoxication par voie orale, il est vivement recommandé :
    • De ne pas faire vomir le sujet, ce qui exposerait à nouveau les tissus à l’agressivité de l’H.E, ni de lui donner de lait comme la croyance populaire le voudrait
    • De rincer abondamment la bouche
    • De contacter le centre antipoison de sa région après avoir identifié l’H.E en cause. En cas d’apparitions de convulsions, il sera fait usage des benzodiazépines
Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s