Intérêt clinique des huiles essentielles aux propriétés antalgiques et anti-inflammatoires

Les huiles essentielles peuvent agir sur différents mécanismes associés à la sensation douloureuse, et ce essentiellement en usage local. La capacité de plusieurs constituants à se lier aux récepteurs TRP (Trancient Receptor Potential), impliqués dans la nociception, et à inhiber la transmission douloureuse par une désensibilisation peut être mise à profit dans la prise en charge des douleurs localisées en application cutanée.

Les H.E de clou de girofle (Syzygium aromaticum, à eugénol), de gaulthérie (Gaultheria procumbens, à salicylate de méthyle), de cannelle (Cinnamomum zeylanicum, à cinnamaldéhyde), ou encore de gingembre (Zingiber officinale, à zingibérènes) agissent notamment sur le récepteur TRPA1 et induisent une sensation d’échauffement. L’H.E de clou de girofle à eugénol possède également des propriétés anesthésiante mises à profit dans les algies dentaires, au même titre que la myrrhe (Commiphora myrrha, à furanoeudesma 1-3 diène).

Les agonistes du TRPM8 agissent plutôt en entraînant une sensation de froid, comme le menthol (H.E de menthe poivrée Mentha x piperita ou menthe des champs Mentha arvensis) ou le 1,8 cinéole (H.E d’eucalyptusE. globulus, H.E de romarinR.officinalis à 1,8 cinéole et autres).

L’H.E de gaulthérie (Gaultheria procumbens ou G. fragrantissima), particulièrement riche en salicylate de méthyle (>95%) possède une action anti-inflammatoire connue depuis longtemps. En plus d’être agoniste des récepteurs TRPV-1, le salicylate de méthyle inhibe de manière spécifique les cyclo-oxygénases COX-1 et COX-2, la synthèse des prostaglandines PGE2, inhibe de manière concentration-dépendante la production de cytokines pro-inflammatoires produites par les macrophages (TNF-alpha, IL-béta, IL-6), la production de NO et de ROS. Son efficacité dans la prise en charge des douleurs musculaires est rapportée dans quelques études.

On doit citer également l’eucalyptus citronné (Eucalyptus citriodora à citronnellal). Ces H.E sont retrouvées dans de nombreuses formules à usage topique proposées dans les douleurs musculaires de type tendinite ou échauffement, comme le « Baume du Tigre » dont la formule est présente quasiment à l’identique dans des produits à statut cosmétique et proposés par plusieurs laboratoires.

Quelques études cliniques portant sur l’utilisation des huiles essentielles en cas d’arthrose, de lombalgies notamment en fin de grossesse, de cervicalgies dysménorrhées et autres, sont rapportées dans la littérature.

L’H.E de menthe poivrée bénéficie en plus de plusieurs évaluations cliniques en faveur de son efficacité dans la prise en charge des douleurs migraineuses en usage local. L’indication « céphalées » est donc reconnue par l’EMA pour cette H.E en plus de l’indication « douleurs musculaires ».

 

Sabrina Boutefnouchet

Co-responsable du DIU « Phytothérapie, aromathérapie : données actuelles, limites »                          Laboratoire de pharmacognosie, Faculté de pharmacie, Université Paris-Decartes
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